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Oui à la laïcité ! / Non aux lois d’exception !

samedi 30 août 2003, par Dominique Foufelle

Appel d’acteurs du système scolaire et de militants associatifs laïques et féministes contre toute loi d’exclusion des élèves portant le foulard et pour une véritable politique éducative

Il est à nouveau question, dans le débat public, d’une loi très "stricte" visant à "redéfinir" l’application du principe de laïcité à l’école. Cette loi s’apparente à une loi d’exception, construite sur mesure autour du foulard islamique. Personne n’est dupe : c’est le foulard qui est à l’origine du débat, et c’est lui qui serait seul touché par une loi, même si celle-ci se présentait comme "générale". Ce foulard recouvre des réalités diverses, et nous avons des appréciations diverses, voire divergentes, de sa signification ; mais nous sommes tous d’accord pour estimer que, dans tous les cas, que le foulard soit imposé aux jeunes filles ou qu’il résulte d’un choix, l’exclusion est la pire des solutions.

Nous ne sommes pas des "partisans du voile" ; nous sommes simplement partisans d’une école laïque qui ouvre à l’émancipation de tous, et non à l’exclusion. Car la laïcité, telle que la définit la loi Gobelet de 1886, est une obligation qui concerne les locaux, les programmes scolaires et le personnel enseignant, et non les élèves. Le Conseil d’État l’a d’ailleurs rappelé dans son Avis du 27 novembre 1989. Aux élèves s’imposent des règles comme l’assiduité à tous les cours ou le respect d’autrui, mais il n’est pas légitime de multiplier les exigences pour des jeunes en formation, qui viennent à l’école précisément pour apprendre, se former et se transformer - surtout si ces exigences n’ont aucune nécessité du point de vue du fonctionnement de l’école. Nous sommes plusieurs à côtoyer ou à avoir côtoyé ces élèves voilées dans des établissements scolaires, et nous témoignons qu’à aucun moment leur présence n’a empêché les enseignants d’enseigner, ni les élèves ou les étudiants d’étudier.

Nous n’oublions pas l’égalité des sexes, bien au contraire. Mais, que le foulard soit l’objet d’un choix ou qu’il soit imposé, on ne peut pas considérer la jeune fille voilée comme coupable, et ce n’est en aucun cas à elle de "payer". Dans tous les cas, c’est en l’accueillant à l’école laïque qu’on peut l’aider à s’émanciper, en lui donnant les moyens de son autonomie, et c’est en la renvoyant qu’on la condamne à l’oppression. Nous refusons aussi la focalisation sur le foulard islamique parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement d’ensemble qu’il est urgent d’enrayer : la colonisation de tous les espaces de la vie sociale par des logiques punitives. Après la fraude dans le métro, le stationnement dans les halls d’immeuble et l’outrage au drapeau ou à l’hymne national, c’est l’outrage à enseignant qui est devenu passible de prison. L’exclusion des élèves voilées s’inscrit dans cette surenchère punitive, au détriment des interrogations et des solutions politiques et pédagogiques. Elle ne peut donc être ressentie par les élèves que comme une mesure brutale et discriminatoire, venant redoubler toutes les injustices que subissent déjà, dans leurs quartiers, les jeunes des milieux populaires, notamment ceux qui sont issus de l’immigration post-coloniale. Le minimum d’estime réciproque requis entre professeurs et élèves pour que la relation pédagogique ait lieu risque d’être gravement compromis. Ce que nous n’acceptons pas, c’est également que l’élève voilée joue le rôle d’un bouc émissaire. Car tel est bien le cas - pour justifier leur exclusion, on invoque souvent, pêle-mêle, des faits dans lesquels ces jeunes filles ne sont pas forcément impliquées : indiscipline, absentéisme massif, injures sexistes ou racistes (notamment antisémites) contestation des théories de Darwin... Nous estimons que les injures sexistes ou racistes doivent être sanctionnées, mais que la sanction doit s’appliquer à ceux qui les ont proférées, et non à ces jeunes filles souvent studieuses, qui ne sont incriminées qu’à force de fantasmes et d’amalgames.

Nous refusons enfin de nous laisser enfermer dans un faux débat qui encourage toutes les divisions et tous les affrontements identitaires (entre "la France" et "les immigrés", entre "la République" et "l’Islam", ou encore entre les diverses confessions), alors que les principaux problèmes sont socio-économiques et politiques – libéralisation de l’économie, chômage de masse, précarisation des salariés, extension du contrôle social et des logiques sécuritaires, permanence des discriminations racistes et de l’inégalité sociale entre hommes et femmes...

L’école est elle-même traversée par des problèmes nombreux et profonds (classes surchargées manque de personnels et multiplication des statuts précaires, manque de soutien pour les élèves en échec ou en difficulté), que les "réformes" annoncées ne feront qu’aggraver.

C’est pourquoi, à la question qui nous est imposée : "faut-il interdire l’école aux jeunes filles qui portent un foulard islamique ?", nous répondons sans hésiter : Non, car l’école laïque est une école qui doit accueillir tout le monde - et nous exigeons que soient enfin posées les vraies questions.

Nous appelons les associations féministes et laïques, les fédérations de parents d’élèves, ainsi que les syndicats étudiants et enseignants, à signer et faire signer cet appel. Nous appelons tous les acteurs du système scolaire à se mobiliser afin de rendre visible une force laïque tournée vers l’émancipation, et non vers l’exclusion.

Signatures à envoyer à pierre.tevanian@laposte.net

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