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Sénégal

Teranga, une mutuelle par et pour les femmes

lundi 30 juin 2003, par Dominique Foufelle

Couture, coiffure, blanchisserie, élevage, micro-jardin, fabrication de cosmétiques…Les activités économiques dont Teranga soutient la création sont très variées. Les besoins et les ambitions des femmes qui les portent aussi. La mutuelle diversifie donc ses réponses, soucieuse de préserver un fonctionnement sain, tout en œuvrant avec tact en faveur de l’autonomie des femmes.

Katy Bâ vit à Kaolac, à environ 200 km au sud de Dakar, Sénégal. Elle y tient au marché une petite boutique d’articles d’hygiène et parfumerie, où elle vend aussi des tissus, aidée par une de ses filles. Les deux autres sont étudiant-es à Dakar, un de ses garçons travaille dans l’immobilier, l’autre " bricole " ; son mari est retraité. Elle ne verrait aucun inconvénient à agrandir son commerce, mais pour l’heure, la plus grande partie de son énergie est investie dans ses activités bénévoles de présidente régionale de l’UNACOIS (Union Nationale des Commerçants et Industriels du Sénégal), et surtout de vice-présidente de la mutuelle Teranga.

Soixante dossiers étudiés chaque mois


Teranga a été créée en 1997 par l’Aprofes (Association pour la Promotion de la Femme Sénégalaise), qui existe elle-même depuis 1987. Elle ouvre des crédits, à des femmes très majoritairement mais non exclusivement, sur le principe de l’épargne par cotisation. Sa devise est de s’adapter aux besoins, et son fonctionnement assez souple pour remplir cet objectif.
La cotisation, apport personnel, même modique, prend valeur d’engagement. Elle est située dans une fourchette assez large, plus élevée pour les femmes des villes que pour celles des campagnes, car les moyens financiers le sont, et les crédits nécessaires pour la création d’une activité économique le seront aussi. Après 3 mois, il est possible de déposer un dossier pour solliciter un emprunt correspondant au maximum à 4 fois le montant de l’épargne. Le remboursement mensuel est modulé, selon les vœux de la ou des bénéficiaires, invitées à établir des prévisions saines. Des intérêts faibles sont perçus, utilisés au fonctionnement de la mutuelle.
Teranga compte 2611 membres : 1076 femmes individuelles, 1036 groupements de femmes, 499 hommes. Elle étudie 60 projets par mois, au rythme de 20 tous les dix jours. Elle aide à la création de services, commerces, activités agricoles…Des femmes se regroupent pour cotiser et emprunter, tout en menant leur activité individuellement ; avec l’aide de la mutuelle, ces associations sont formalisées, avec présidente et trésorière. Pour les entreprises plus ambitieuses, qui nécessitent des crédits nettement plus importants, un budget spécial a été créé ; Katy Bâ est la trésorière de ces "Femmes entrepreneuses", une centaine environ.

Tradition contre développement


La démocratie et la transparence sont garanties par le Comité de crédit et le Comité de surveillance ; la caisse est vérifiée avant l’arrivée de la gérante ; un tiers du bureau est renouvelé tous les 2 ans. Teranga effectue des tournées de soutien dans les villages tous les 15 jours. La multitude des tâches, et le choix de les faire tourner, posent des problèmes de formation en interne. Autrement dit, d’argent, car les subventions se font rares et chiches. Cela n’empêche pas les projets : une mutuelle et un centre de santé, une garderie pour les enfants.
Favoriser ainsi l’autonomie financière des femmes n’a pas d’emblée été bien accepté dans les villages. La tradition veut que les hommes possèdent la terre et la fassent cultiver par les femmes à leur profit ; dans cette organisation, le chef de famille polygame laisse à chacune de ses épouses le soin de nourrir et élever ses enfants avec ce qu’il veut bien lui attribuer des fruits de la production agricole. Que les femmes obtiennent et gèrent des revenus propres porte un coup à leur pouvoir absolu. D’un autre côté, force est de constater que cela améliore les conditions de vie de tout le village. Cet argument a convaincu bien des chefs, encouragés par l’intervention du préfet, qui sert au besoin d’intermédiaire.
Katy Bâ souhaite plus de liberté encore pour les femmes africaines. Cette conquête passera, elle en est persuadée, par des liens et des échanges avec d’autres femmes du monde. Elle attend beaucoup de la création d’un réseau international femme et économie solidaire : une coordination pour la commercialisation des productions, un partage des connaissances, des formations…Les Sénégalaises sont prêtes à mettre en œuvre toutes leurs capacités d’accueil pour favoriser des rencontres. Se déplacer à l’étranger, c’est nettement plus difficile. Outre les difficultés financières, la suspicion des pays riches dresse des obstacles : Katy Bâ était l’invitée des Pénélopes pour leur anniversaire le 13 avril 2002 ; jusqu’au jour de son départ, elle a douté d’obtenir son visa des autorités françaises.

P.-S.

Dominique Foufelle - 30 avril 2002

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