Accueil du site > Dossiers > Sous dossiers > Libéralisme et natalisme à la française : les femmes réagissent

Libéralisme et natalisme à la française : les femmes réagissent

lundi 30 juin 2003, par Dominique Foufelle

La France traverse une zone de turbulences. Des milliers de salarié-es descendent dans la rue pour refuser une politique sociale qui lamine les acquis. On ne va pas s’en plaindre ! Hélas ! le lien entre l’ultra-libéralisme des mesures concernant les retraites et des projets de décentralisation, et le natalisme des " nouveautés " annoncées lors de la Conférence de la famille, n’est que très rarement fait. Sauf par les féministes, qui dénoncent (inlassablement !) l’évidente connivence entre capitalisme et patriarcat.

Chômage en hausse, caisses de retraites menacées d’assèchement (nous dit-on) ? Une solution commode et éprouvée : l’incitation au retour des femmes au foyer. Le CNDF (Collectif National Droits des Femmes) passe au crible les mesures annoncées par le ministre de la Famille : elles vont allègrement dans le sens d’une politique nataliste, dont les femmes accuseront les reculs sociaux présentés comme des avancées. " Accordée" dès le premier enfant, l’APE (Allocation Parentale d’Education) va principalement tenter ceux dont la vie professionnelle est instable et insatisfaisante – en l’occurrence, des femmes occupant des emplois précaires. Elles ne s’en trouveront que davantage exclues du marché du travail. Voilà qui, en ramenant des milliers de femmes à la dépendance économique, assoit confortablement le modèle " traditionnel " de la famille et renvoie la remise en cause du patriarcat aux calendes grecques !

Vers une criminalisation de l’avortement ?


Passé quasi inaperçu tant il semblait inoffensif, l’amendement de la Loi sécurité routière créé, sous couvert de protection de la femme enceinte, un délit d’interruption de grossesse par imprudence. Totalement inutile, puisque la loi prévoyait déjà des sanctions pour une interruption de grossesse sans le consentement de l’intéressée… Alors, que vise-t-il au juste ? La Cadac (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception) tire la sonnette d’alarme. Insidieusement, cet amendement prépare un terrain favorable pour l’octroi au fœtus d’un statut juridique de personne, avec les droits accordés en conséquence, ce qui serait ouvrir la porte à la limitation voire l’interdiction de l’IVG. Science-fiction ? C’est exactement la technique employée par Bush, compagnon de route des lobbies anti-avortement !

Vieilles = pauvres et dépendantes


Et quelle serait la situation des pondeuses de la nation à l’heure de la retraite ? Aujourd’hui déjà, la majorité des femmes touche une retraite égale ou inférieure au SMIC, dénonce Femmes Solidaires. Le temps partiel, qui les atteint principalement, ayant triplé en vingt ans, l’avenir s’annonce très sombre : extrême pauvreté et/ou totale dépendance. Et si, au lieu de condamner les travailleuses aux emplois précaires, on instituait (réellement) l’égalité professionnelle au niveau tant de la formation que des salaires, on créait (enfin) des structures de gardes des jeunes enfants en nombre suffisant, on sensibilisait (vigoureusement) les hommes/pères à la nécessité du partage des tâches domestiques, bref si on favorisait l’accès des femmes à l’emploi – n’aboutirait-on pas à un apport supplémentaire de cotisations dans les caisses de retraite ?

Capitalisme, patriarcat : même combat !


Certes. Mais toujours au sein d’un système basé sur l’exploitation des forces de travail, l’aliénation des corps et des esprits, la dictature de l’économique, rappellent les Femmes Maudites, pour lesquelles capitalisme et patriarcat doivent être différenciés mais combattus conjointement. Et de conclure : "Seule la destruction totale de ce système fondé sur l’argent et le travail crée par les hommes pourra libérer les femmes de l’emprise masculine."

P.-S.

Dominique Foufelle - mai 2003

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0