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Paroles de femmes

Alice, 22 ans

, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation " Clichés de femmes, Clichés sur les femmes "...

Alice, 22 ans, s’exprime sur le féminisme aujourd’hui et son propre engagement.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


Pour moi, les droits des femmes sont un peu acquis aujourd’hui. Si je peux faire des études, si je peux vivre comme je le veux c’est grâce aux luttes qui ont été menées par le passé. Mais il reste encore de nombreuses choses à gagner : par exemple, l’égalité au travail. Je suis étudiante donc je ne suis pas confrontée à ce genre de problème pour l’instant. Mais je sais, par ma mère et par ses amies, qu’à travail égal, il n’y a pas toujours salaire égal et qu’il existe une moindre reconnaissance du travail des femmes. Le machisme ambiant dans la vie professionnelle est encore très prégnant. Les femmes et les hommes ne sont pas à la même enseigne devant l’échec : un homme qui se plante " ça peut arriver ", une femme si elle se plante c’est parce que " justement, c’est une femme ".
Je baigne dans un environnement social assez favorisé. Du coup, dans mes fréquentations quotidiennes, je ne ressens pas vraiment de sexisme. Bien sûr, j’entends des blagues sur les blondes ; c’est pesant mais bon, ça ne dépasse jamais ce stade. Dans le privé, mon ami fait autant le ménage que moi. Mais si je ne vis pas de sexisme dans mon quotidien, ça ne m’empêche pas de faire quelque chose pour celles qui le vivent. Pour celles-là, je me suis engagée dans l’association " Mixcité ". Ça m’a complètement choquée de voir ce qui se passait dans les cités par exemple : là-bas être une femme, ça doit être très dur. Le contrôle du père et des frères fait que les filles ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent. Elles ont du mal à sortir et quand elles sortent, elles risquent les " tournantes ". Quand je me suis rendu compte de cela, j’ai décidé de travailler avec cette association qui lutte contre le sexisme, notamment celui qui peut être véhiculé par les médias et les publicités. C’est une association mixte et c’est vraiment agréable de voir des hommes féministes.
Ce qui me dérange, c’est le regard que les gens portent sur le féminisme. L’image que l’on donne des féministes est toujours dévalorisante : elles seraient toutes des " mal baisées ", des femmes seules et tristes ayant tout misé sur leur carrière professionnelle. C’est triste de voir que ce combat, qui est un beau combat, soit si peu mis en valeur. Quand je dis à des amis que je suis féministe, ils se moquent de moi et me disent " mais qu’est ce que tu veux demander de plus ? ". Ce que je demande, c’est que les droits acquis soient préservés et valorisés. Parce que j’ai vraiment l’impression que nous revenons à la valorisation de la femme-femme, de la femme-féminine qui doit forcément être en décolleté et être belle. Par exemple, il existe des gangs anti-avortement ; nous savons que dans certains hôpitaux, les filles qui se font avorter subissent encore un entretien carabiné où on essaie de les culpabiliser au maximum. Quand je vois tout cela, j’ai l’impression que l’on pourrait revenir en arrière et ça me fait peur. Je pense donc qu’au nom du féminisme, il y a encore de nombreuses luttes à mener.

A propos de la représentation des femmes dans les médias


La représentation des femmes est très stéréotypée. Les émissions d’Ardisson, par exemple, c’est affligeant. On y trouve des invités mâles " normaux " et à leurs côtés pratiquement toujours des filles genre actrice de porno ou mannequin, des femmes qui ne sont là que pour leur physique, leur côté sexe. J’ai des copains qui considèrent cela comme drôle, comme du second degré, mais je ne suis pas du tout convaincue par ce genre d’argument.
Quant à la publicité, c’est de pire en pire. Quand je suis à un arrêt de bus, il y a des fois où je me sens carrément agressée. Par exemple, les publicités " Aubade " que l’on dit très esthétiques : les filles ont leur tête coupée et ça, déjà, ça m’agresse. Quand j’entends des copains dire " Oh ! Elle est mignonne " alors que la nana en photo est de dos, je trouve ça dingue ! La lingerie, ce n’est pas le produit le plus vendu, non ? Pourtant, j’ai l’impression de ne voir que des publicités là-dessus ! De toute façon, dès qu’il faut vendre quelque chose, ils mettent une femme nue : je ne comprends pas cela. J’aimerais que l’on diffuse une autre image des femmes.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel

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