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Femmes souffrant dans un monde malade

lundi 28 avril 2003, par Dominique Foufelle

Aux souffrances communes à tous les humains, s’ajoutent pour les femmes des souffrances spécifiques, conséquences des violences qu’elles subissent. Souffrances physiques et souffrances morales, contre lesquelles des soins adaptés n’ont pas toujours été pensés – ou s’ils l’ont été, auxquels elles n’ont pas toujours accès. Mais les états des lieux désastreux n’incitent pas les décideurs à la sagesse : en maints endroits du monde, la " morale " se durcit, les interdits génèrent des violences, etc. Et si l’on cessait de considérer les êtres humains comme des marchandises ?

La santé des femmes, cela évoque des " affaires de femmes ". Des choses mystérieuses et pas très ragoûtantes qui se passent au sein du gynécée. Des choses de mère, car qui femme dit reproduction (Le masculin est neutre, Christiane Vollaire). Un monde où l’on souffre, sans doute mais pour la bonne cause. Un savoir qui se transmet de mère en fille - bien que parfois confisqué par la médecine (Enfantement, allaitement, féminisme, Joël Martine)… Absolument pas une affaire d’hommes !

Tu enfanteras dans la douleur


Pourtant, cette sphère sexuelle et reproductive où l’on cantonne le corps des femmes, subit les lois des hommes. Les lois implicites, celles appelées tantôt coutumes (Inceste : une problèmatique mal connue, des victimes délaissées, Dominique Foufelle), tantôt pulsions (Conséquences psychiques et physiques de la situation prostitutionnelle, Judith Trinquart-Jacobs), qui justifient les violences sexuelles de toutes sortes ; et celles appelées savoir, selon lesquelles les dominants interprètent les souffrances des dominées (La lutte contre le sexisme : un défi lancé à la psychiatrie, Aurélie Charnet). Les lois écrites, celles qui définissent les limites dans lesquelles une femme reste maîtresse de sa sexualité et de sa fécondité ; et celles qui déterminent les budgets consentis pour donner à toutes les moyens de faire respecter leurs droits – a minima ceux qu’on a bien voulu leur laisser.
Or, actuellement, quand les lois ne stagnent pas, c’est qu’elles régressent. Allègrement, on s’attaque aux droits acquis. Les régressions ne sont pas l’apanage des pays musulmans : les Etats-Unis de Bush les orchestre au niveau international, armés de convictions religieuses tout aussi arrogantes (The frontal attack. : Bush, Ashcroft, Thompson an Al, Jennifer Merchant). Les conflits, la pauvreté, exacerbent les violences sexuelles et conjugales, quand ils ne les légitiment pas. Au nom d’une morale qu’on ne les a pas invitées à co-forger, des millions de femmes souffrent et meurent (Citoyennes malades des violences, Dominique Foufelle). Sans qu’on se rende compte, semble-t-il, qu’en décimant ou laissant décimer les populations féminines, on mine les piliers du développement (Femmes, migrations et développement, Didi Bertrand).

Notre corps nous appartient


Mais le corps des femmes ne fait pas que reproduire, il produit. Le sexisme poursuit ses proies sur le marché du travail, justifiant le harcèlement (Inventer le métier de tisseur de lien, Marie Pezé). Encore un monde dont les lois ont été établies sans elles, et que l’écoute de leurs désirs réels pourrait contribuer à humaniser (La bonne santé des femmes… la nuit, les infirmières, Anne Perraut Soliveres).
Ce corps dont la jouissance leur est déniée, les femmes l’écoutent et le " sentent " pourtant davantage que les hommes – une des raisons de leur espérance de vie supérieure ((Femmes et hommes, des différences paradoxales, entretien avec Pierre Aïach). Mais leur est-il toujours donné d’exprimer leurs souffrances ? Des professionnels de la santé interrogent leur pratique, pour améliorer leur écoute (L’ethnopsychiatrie, un choix politique, entretien avec Anne Revah-Levy), trouver avec les souffrant-es les mots des maux, les causes sous les symptômes et les pistes pour en sortir (Faire face, Elisabeth Maurel-Arrighi). Parce que, malades ou soignant-es, nous sommes tou-tes des citoyen-nes.

P.-S.

Dominique Foufelle, avril 2003

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