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Paroles de femmes

Evelyne, 54 ans

, par Dominique Foufelle

Un des entretiens réalisés dans le cadre de la manifestation " Clichés de femmes, Clichés sur les femmes "...

Evelyne, 54 ans , s’exprime sur les droits des femmes, à la maison et au travail, et sur leur place dans les médias.

A propos de la journée internationale des femmes, des droits des femmes


La journée des femmes me fait penser à ma génération : nous avons fait bouger pas mal de choses, chacune à notre manière. Ces combats ont amené les femmes au premier plan, disons largement au-delà de la place où les hommes avaient tenté de nous enterrer - à la maison, sages, où nous ne faisions pas de bruit, où nous nous occupions d’eux et des enfants -. Il reste tout de même pas mal de choses à faire avancer. Comme je me suis mariée tôt, j’ai participé petitement aux mouvements des femmes lorsque j’étais plus jeune : mes actions se situaient plus au quotidien. Maintenant, autant au travail que dans ma vie privée, je me bats contre les attitudes dévalorisantes que certains hommes peuvent avoir à l’égard des femmes.
Sur le thème du travail par exemple, les femmes ont encore du mal à être reconnues en tant que telles : les hommes ont toujours l’impression qu’ils doivent tout nous apprendre. J’entends encore des réflexions hallucinantes. Par exemple, il y a des métiers qui se sont ouverts aux femmes. J’ai entendu des médecins dire à leur fils " Non, tu ne feras pas médecine ; c’est un métier de femme maintenant. ". Il existe donc des hommes qui considèrent qu’un métier qui se féminise n’est plus valable. Aujourd’hui, je pense que la meilleure façon de montrer que nous ne sommes pas aussi idiotes qu’ils le voudraient, c’est de réussir à passer au premier plan.
Mais j’aimerais surtout que ces réflexions disparaissent avec les nouvelles générations, que nos qualités propres soient reconnues. Ce d’autant que je trouve les femmes plus organisées, plus structurées, plus rapides à l’exécution de certaines tâches que les hommes. Ils ont une tendance à parler énormément ! Lorsque c’est un homme qui mène une réunion, c’est souvent abominable : la réunion dure des heures, elle n’en finit pas. Ils vont parler de ce qu’ils pensent faire, de ce qu’ils voudraient faire, de ce qu’ils pourraient faire. Les femmes sont beaucoup plus pragmatiques. Nous passons beaucoup plus rapidement au concret : qu’est ce qui est faisable, pour quoi optons-nous, comment nous y prenons-nous, qui fait quoi ? Lorsque nous devons lancer quelque chose, nous sommes plus efficaces, nous pensons beaucoup plus au déroulement et aux conséquences que ces actions vont entraîner.
Au niveau politique, les femmes ne sont pas encore suffisamment considérées comme des actrices à part entière. Bien sûr, il y en a quelques-unes qui sont valorisées mais d’autres font un peu figures de potiches. Demain, je voudrais que mes filles, que mes nièces prennent une meilleure place que ce soit au niveau politique, au niveau professionnel, au niveau des tâches domestiques ou de l’éducation des enfants, que d’un côté, elles soient plus valorisées, que de l’autre la répartition des tâches soit plus équitable, que l’ensemble de ces partages soit considéré comme tout à fait normal.
Si nos droits sont mieux respectés aujourd’hui, les jeunes femmes doivent encore être vigilantes, d’une part parce qu’ils ne sont pas encore passés dans les habitudes, d’autre part parce qu’ils sont toujours remis en question par certains. Ces droits sont encore trop récents pour que les femmes se reposent sur leurs lauriers : un moment d’inattention, ça va très vite. Continuons à nous battre pour que la parité s’instaure à tous les niveaux par exemple !

A propos de la représentation des femmes dans les médias


Certaines femmes journalistes se sont bien imposées, sur les sujets politiques notamment : elles sont bien cotées, reconnues pour leur travail, considérées comme des interlocutrices valables. Au cinéma, c’est la même chose ; certaines réalisatrices sont bien reconnues. Ce qui reste difficile c’est que les femmes sont toujours obligées d’en faire beaucoup plus que les hommes pour être reconnues, obligées d’être meilleures. En tout cas, vous ne trouvez plus que des femmes potiches à la télévision.

P.-S.

Entretien réalisé par Sabrina Lunel

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