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8 mars, journée du patriarcat ?

lundi 31 mars 2003, par Dominique Foufelle

La Journée internationale des femmes, ça sert au moins à ce que le projecteur soit braqué sur les femmes... Mais tout dépend de qui le tient et le manipule.

La mobilisation des femmes dans le monde fut forte, en ce 8 mars 2003. Le ton, celui de la colère. Car beaucoup avaient choisi de lier mobilisation pour les droits des femmes et mobilisation contre la guerre en Irak, alors à l’état de menace…
Quoi de plus logique, puisque le projet féministe, c’est celui d’un monde sans domination, par conséquent, sans violence ? Eh ! oui, la Journée internationale des femmes [1] est une journée de lutte ! Pas une journée de galanterie où offrir une rose à sa consoeur. Pas davantage une journée de d’« hommage », comme la définissait implicitement un reportage télé nous montrant une mère de famille extra-nombreuse « mise à l’honneur » en cette occasion. Malheureusement pas une journée de fête – la gravité de la situation ne l’autorise pas.

TV cherche TV où puiser sources

Pour les féministes en France, c’est LA journée annuelle où elles auront le plaisir d’être courtisées par les politiques et les médias, la journée à saisir, la journée-marathon où il faudra se tenir prête à courir de débats en réceptions. Du moins, les féministes au goût du jour – sans qu’elles aient forcément été monteuses ou complices du plan politico-médiatique qui les hissa jusqu’à cette enviable catégorie.
Les femmes en lutte sont des milliers de par le monde, fortes d’analyses et de propositions qui seraient un scoop pour neuf bons dixièmes du public. Quand on dispose d’une année pour préparer le « sujet », y-a-t-il meilleure aubaine pour des professionnel-les de la communication ? Allez savoir pourquoi les mêmes interlocutrices ont été découvertes pratiquement par toutes les télévisions et tous les titres de presse qui ont considéré comme de leur devoir de marquer la célébration ?
Cette année, la vedette revint à la Marche « Ni putes ni soumises » organisée par des femmes de banlieues. Une initiative remarquable, dont on se réjouit qu’elle ait attiré l’attention. On a moins aimé la couverture par certains médias de la réception où J.P. himself attendait les représentantes l’assiette de petits fours à la main. Il fut abondamment rapporté que l’une d’elles y dit faire un distingo entre les femmes qui luttaient pour leur survie et celles, nettement mieux loties, pour des futilités tels les droits politiques. Grossièrement traduit : les féministes sont des bourgeoises. Du PC stalinien pur jus, à quelques degrés au-dessus de violence. Là n’était sans doute pas le cœur de son intervention ; insister dessus, c’était lui faire porter le chapeau d’un anti-féminisme rampant.
Le gouvernement a annoncé que sa politique « femmes » ne serait pas féministe. Cette stupéfiante prise de position est justifiée par une volonté de placer le traitement des urgences au premier rang de priorités. Si, enfin, la lutte contre les violences domestiques devient une cause nationale, on ne s’en plaindra pas.
Mais qu’on ne nous donne pas le féminisme politique pour superflu ! Arrogant, élitiste, intello, ringard… Les femmes luttent sur tous les terrains où il le faut ; elles s’attellent elles-mêmes aux urgences. Cependant, l’objectif de ces résistantes, militantes, citoyennes responsables, quel que soit le nom qu’on leur donne, est de permettre qu’un jour, ce combat devienne superflu. On ne pourra commencer à espérer l’atteindre que quand le patriarcat sera fondamentalement remis en question.
Or, à quoi assiste-t-on aujourd’hui ? A une remise en question du féminisme, dont on prétend dresser un bilan, comme si son temps de parole était achevé. Aurait-il nui à la cause des femmes ?, se demande-t-on ici ou là de plus en plus souvent. C’est une question dans l’air du temps, qui se veut moderne et éclairée. Quand on n’y voit que le fond de commerce des anti-féministes, une salade pas fraîche même sous son nouvel emballage plastique.
Cette « cause » progresserait donc si on révisait nos exigences à la baisse ? Voire si, telles des employé-es modèles, on consentait au recul de nos acquis ? Nos papas successifs nous le conseillent. Mais ça n’est pas ce qu’on fera.

P.-S.

Dominique Foufelle - mars 2003

Notes

[1] Il faut dire, de « la » femme ? Les plurielles n’aiment pas ça !

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