Accueil du site > Ressources > Le ghetto du genre

Le ghetto du genre

lundi 31 mars 2003, par Joëlle Palmieri

Des sans-voix prennent la parole pour dénoncer le machisme au quotidien. « Ni putes ni soumises » : des femmes refusent l’alternative, à laquelle est confrontée toute femme dans nos sociétés, accepter la domination ou être stigmatisée comme « salope », « traînée »... La violence sexiste s’exprime au grand jour dans les quartiers pauvres, mais elle est transversale à toute la société.

Depuis quelques années, le retour des idées réactionnaires, conjugué au mépris affiché envers le mouvement féministe, a fait stagner, voire reculer la condition des femmes en France. Il y a toujours 2 millions d’hommes qui battent leur compagne (pour 400 qui la tuent chaque année) et 48 000 viols (déclarés) par an. Il y a davantage de chômeuses que de chômeurs, et celles qui travaillent sont payées, à qualification égale, 25 % de moins que leurs collègues masculins. Les tâches domestiques sont, quant à elles, toujours à la charge quasi-exclusive des femmes.
Dans les quartiers où la précarité est la plus grande, la virilité et le sexisme sont des moyens d’exister socialement. Fruits d’un système économique fondé sur l’exclusion et d’une volonté politique qui veut isoler une classe « dangereuse », les banlieues du capitalisme sont victimes d’un apartheid social. Les filles (et quelques garçons qui ne correspondent pas aux normes) y deviennent les cibles du machisme le plus brutal. Face à ces oppressions, les méthodes sécuritaires sont une fausse réponse. Les commissariats ne font pas toujours bon accueil aux femmes qui viennent déposer plainte suite à un viol, quand ils ne sont pas directement le cadre d’agressions sexuelles. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les gouvernants, qu’ils soient du PS ou de l’UMP, la présence policière n’est pas un remède à la pauvreté, et encore moins la solution au sexisme. N’oublions pas que les lois, qui ne sont pas accompagnées d’un changement des mentalités, sont inefficaces. Le Parti socialiste qui s’est tant gargarisé du texte sur la parité préfère payer des amendes plutôt que de l’appliquer lui-même. Comment croire que les socialistes (présents au travers de SOS Racisme dans les Maisons des Potes) ne tentent pas d’instrumentaliser la Marche des femmes de quartiers, comme ils l’ont fait pour la Marche des beurs dans les années quatre-vingt ?

Décloisonner le masculin et le féminin

L’autonomie des femmes est la condition de leur émancipation. La prise de conscience qu’a initiée la Marche des femmes des quartiers est précieuse, à l’heure où les jeunes femmes ont encore peur de s’affirmer féministes. Des espaces de parole et de solidarité sont nécessaires : faisons-les vivre ! Revendiquons une réelle éducation à la sexualité et à l’égalité entre les sexes. Mais la disparition de l’oppression des femmes ne pourra se faire sans remettre en question le cloisonnement entre le masculin et le féminin. Non, il n’y a pas de fatalité biologique mais une construction des genres masculin et féminin. On fabrique des femmes dominées en leur apprenant la coquetterie, la douceur et la servitude, et des hommes dominants en leur enseignant la violence, la compétition et l’exclusion.
A bas les ghettos du genre !
Libérons-nous des carcans pour vivre nos vies comme nous l’entendons !

P.-S.

Fédération Anarchiste - 145, rue Amelot 75011 Paris
Scalp Reflex - 21ter, rue Voltaire - 75011 Paris - Tél. : 06.98.92.78.65

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0