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Azerbaïdjan

Pas de démocratie sans les femmes

lundi 31 mars 2003, par Dominique Foufelle

En Azerbaïdjan, l’instabilité politique et la crise économique ont entraîné un désengagement des pères. Mais les femmes devenues de fait chefes de famille n’ont pas pour autant conquis leur juste place dans la sphère publique. Pour faire évoluer et les mentalités et la démocratie, Sajida Abdulvahabova, directrice de l’Institut des femmes, plaide en faveur d’une union de toutes les organisations féminines et féministes.

Quand la République d’Azerbaïdjan a acquis son indépendance, le rôle des organisations de la société civile dans la construction d’un état démocratique a pris de l’ampleur. Cette transition a permis aux femmes de gagner une place adaptée dans la société, et une participation dans la préparation et l’adoption de résolutions. Un large éventail d’ONGs de femmes est apparu dans la République qui traitent de problèmes actuels importants. Le Centre de recherche sur les problèmes des femmes (Institut des Femmes) est une de ces organisations, dont le nom explique sa raison d’être et son travail [1].

Instabilité politique, déroute familiale


Il est vrai que la position réelle des femmes dans la société et par rapport aux hommes révèle le degré de la démocratie dans la société. Les relations entre hommes et femmes sont un des éléments principaux de développement durable. La culture, qui comprend la sphère délicate des relations humaines, a une grande influence sur la régulation des relations entre les sexes. Les normes de moralité et les stéréotypes culturels, directement ou indirectement liés aux rapports sociaux de sexe, jouent un grand rôle dans cette régulation. Chaque individu avec sa personnalité, sa psychologie et son comportement est formé dans la société.
La base de problèmes de genre dans la société est aussi clairement liée à la famille. La famille, et les rapports entre homme et femme, sont très complexes. Deux personnes avec deux cultures, deux caractères, deux points de vue différents, qui vivent ensemble doivent se tolérer et partager des charges communes. La famille a beaucoup de fonctions : reproductive, éducative, de santé, économique, sociale… Il est nécessaire d’observer les rôles dans la famille pour bien comprendre la famille comme cellule sociale. Outre la culture, la mentalité nationale est à considérer, et le rôle des femmes dépend aussi de la situation politique et économique.
Depuis quelques années, des changements profonds d’ordre économique et politique en Azerbaïdjan influencent la condition et la situation des femmes de différentes façons. Le déclin économique, l’instabilité politique régionale ont appauvri la population tout entière mais surtout des femmes. La mauvaise situation économique a eu un effet négatif sur les rôles de la femme et de l’homme dans la famille. Le chômage et l’incapacité de subvenir aux besoins de la famille ont psychologiquement écrasé les hommes, et les femmes, plus à même de faire face aux situations difficiles, ont été obligées de nourrir leur famille. De telles situations provoquent des conflits personnels entre l’homme et la femme, et ces conflits retentissent sur les autres membres de la famille. Le nombre de familles brisées augmente. Les hommes valides doivent émigrer pour gagner de quoi nourrir leur famille et ceci aussi conduit à la désintégration de la famille. Élever les enfants dans ce contexte devient beaucoup plus difficile et beaucoup d’entre eux se tournent vers la criminalité.

Des organisations divisées

La démocratie sans la femme n’est pas la démocratie, dit un dicton. Aucun problème, et surtout pas la question des femmes, ne peut être résolu sans intervention. Les organisations gérées par les hommes ne s’occupent pas assez des problèmes aussi importants, aussi vitaux, que le genre. Les femmes savent que sans leur apport, leurs problèmes ne seront jamais résolus. Plus vite cette vérité simple sera comprise, plus actives et nombreuses seront les organisations des femmes. Malheureusement, il n’y a pas de mouvement de femmes en Azerbaïdjan. Pour qu’il existe :
* Toutes les associations de femmes doivent être organisées et rassemblées sous une plate-forme générale.
* Toutes les organisations et les associations doivent avoir des programmes et principes similaires qui traitent des problèmes des femmes et de ceux de la société et du pays en général.
* Un mouvement authentique doit être autonome et ne doit dépendre d’aucune structure gouvernementale ni institutionnelle. La direction du mouvement doit être nommée par les femmes du mouvement seules. Dès que ce groupe acquiert un certain pouvoir, il peut agir activement contre la politique d’éloignement des femmes des lieux de discussions et de prises de décisions.

Plusieurs raisons expliquent le fait que ce mouvement n’existe pas encore. Tout d’abord, l’échec des organisations de femmes à comprendre les objectifs qu’elles fixent. Chaque groupe pense qu’il doit s’occuper d’un problème unique et n’est pas enclin à coopérer avec les autres. D’un autre côté, les organisations financées par des philanthropes rechignent à se familiariser avec les projets et programmes des autres organisations qu’elles considèrent comme des rivales. D’ailleurs, les lois n’existent pas pour régler les relations entre les organisations dans ce pays. En un mot, il n’existe ni tactique ni stratégie communes pour coordonner un mouvement de femmes en Azerbaïdjan.

P.-S.

Pr. Sajida Abdulvahabova – traduit de l’anglais par Sheila Malovany

Notes

[1] Créé en 1998, le Centre de recherches sur les problèmes des femmes s’est fixé pour objectifs de défendre les droits des femmes, aider celles-ci à acquérir leur automnoie financière, favoriser leur implication dans la vie publique, ainsi que le développement de la société civile dans son ensemble. Les conflits qui ont secoué et menacent encore le pays ont fait de la question de la paix un axe primordial : le Centre est actif dans l’éducation à la paix et milite pour la participation des femmes aux négociations. Il organise aussi des campagnes pour des élections réellement démocratiques. En projet : un centre d’examen des lois, qui se propose de passer au crible, avec le soutien d’expert-es et d’ONGs, la législation en construction.

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