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Nom de dieu !

vendredi 28 février 2003, par Dominique Foufelle

Comme chacun-ne sait, l’Union Européenne prépare la Constitution de sa future version élargie. En prenant connaissance du projet actuel, le Vatican l’a jugé " totalement insatisfaisant ". C’est que Dieu n’a pas été convié à figurer dans le texte. La querelle se cristallise autour de l’article 2, qui définit les valeurs de l’Union. Personne ne trouve à redire contre les dites valeurs, ce sont les jolis mots habituels : respect de la dignité humaine, liberté, démocratie, etc. Mais des chrétiens intriguent pour qu’il soit écrit qu’elles trouvent leurs fondements dans la religion - la leur, évidemment.

Comme chacun-ne sait, l’Union Européenne prépare la Constitution de sa future version élargie. En prenant connaissance du projet actuel, le Vatican l’a jugé " totalement insatisfaisant ". C’est que Dieu n’a pas été convié à figurer dans le texte. La querelle se cristallise autour de l’article 2, qui définit les valeurs de l’Union. Personne ne trouve à redire contre les dites valeurs, ce sont les jolis mots habituels : respect de la dignité humaine, liberté, démocratie, etc. Mais des chrétiens intriguent pour qu’il soit écrit qu’elles trouvent leurs fondements dans la religion - la leur, évidemment. Certains plus diplomates préconisent le terme de " racines judéo-chrétiennes ". S’agirait de garantir les libertés religieuses. Et les millions de musulman-es d’Europe ? Certain-es y vivent depuis des siècles, mais ils n’ont, c’est évident, pas contribué à la formation de notre culture. Là, les Eglises chrétiennes se trahissent : ils ne prêchent pas pour une Europe multiculturelle et multireligieuse, mais pour une Europe des dominants.
Des âmes avides de conciliation pourraient dire : " Laissez-les vivre ! Après tout, c’est vrai que l’Europe a été dominée par la chrétienté ". Hélas, oui ! Mais avec la contre-influence d’une spécialité locale, la libre-pensée, implantée depuis aussi longtemps, et à laquelle il me semble que nous devons le respect de la personne humaine, la tolérance, la démocratie et autres broutilles. " Tout de même, insisteraient ces dites âmes, on peut leur faire une petite place, les chrétiens de bonne foi, ça existe. " Certes, et j’en connais plus d’un-e dont l’engagement altermondialiste fait pour moi des camarades. Mais ce ne sont pas ceux dont on cause ici. Les avocats du pape sont puissants, rompus au lobbying, bien introduits au sein de l’Union, soutenus par un nombre non négligeable de membres de la Convention, et ils ne lâcheront pas le morceau si facilement. La Constitution européenne, ça n’est pas un communiqué de presse, c’est un texte de loi. A partir du moment où le religieux y est mentionné, les Eglises sont légitimées pour mettre leur grain de sel dans l’interprétation des textes européens. Un petit exemple au hasard ? Les législations concernant la contraception et l’avortement. C’est de siéger à l’ONU qui permet au Vatican d’orchestrer, avec les Etats-Unis et des extrêmistes musulmans, des campagnes qui aboutissent à l’entérinement par les textes officiels de régressions catastrophiques des droits des femmes. Si on le laisse s’infiltrer dans ce texte européen fondamental, il ne s’arrêtera pas là. Défendons la laïcité, nom de Dieu !

P.-S.

Dominique Foufelle – février 2003

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