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Halte à la guerre des sexes !

vendredi 28 février 2003, par Dominique Foufelle

" Halte au féminisme primaire ! " tel est le cri que pousse Alain Habib et ses amis pour dénoncer le tout puissant féminisme, responsable de l’oppression masculine depuis un demi-siècle. Il semble que leur hargne soit inspirée par leur dépit de pères frustrés de leurs droits. Mais ne se trompent-ils pas de cible ?

" Le féminisme…ce gynocentrisme qui empêche l’émancipation de l’homme "…
Grande nouvelle mesdames ! Nous vivons à l’heure du dictat féministe complaisamment relayé par les médias et les politiques ! Si comme moi vous ne l’aviez pas remarqué, Alain Habib et ses amis sont là pour le faire savoir.
Auteur d’un ouvrage assez confidentiel (un complot des éditrices sans doute), sobrement intitulé " Halte au féminisme primaire ! " et illustré d’une femme brandissant des couilles à bout de bras avec un couteau entre les dents, Alain Habib expose également une vision très singulière de la société dans " Honnêtement ", une feuille de chou mensuelle qu’il partage avec quelques plumes offensives comme celles d’André Perot, Philippe Blay ou Jean-Claude Langrené. On y apprend ainsi que notre époque est soumise à l’imbécile " misandrie féministe " qui fait des femmes des privilégiées et des hommes des victimes.

La complainte du " larbin "


Alain Habib égraine la liste des injustices : pas de journée des hommes, pas de délégation aux droits des hommes, pas de commission d’étude de l’image de l’homme dans la publicité, mais aussi un taux nettement inférieur de femmes inculpées et incarcérées, dû semble-t-il à l’écrasante proportion de femmes dans la magistrature, et des hommes qui continuent de trimer pour le confort des belles. " Les femmes ne veulent plus être les larbins des hommes " remarque judicieusement Mr J.C. Langrené avant que le propos ne se gâte : " Heureusement pour elles, les hommes sont toujours les larbins des femmes au plan professionnel afin de fabriquer la nourriture pour les femmes, les maisons pour les femmes, leurs voitures, appareils ménager…pendant qu’elles font généralement les petits boulots : bureaucrates, vendeuses, etc. ".
Aussi conclut-il à l’ineptie de l’égalité salariale : " Revendiquer l’égalité des salaires dans de telles conditions est simplement absurde ". Les féministes sont ainsi coupables d’ingratitude envers leurs " pourvoyeurs " car il faut nous le rappeler, " Tout ce que vous avez vient des hommes et c’est notamment grâce aux appareils qu’ils vous ont inventés, conçus et réalisés que vous n’avez plus qu’une demi journée de travail par jour à la maison ", le rêve quoi ! Et ce dû féminin se poursuit jusqu’à la retraite : " les hommes payent les trois-quarts des retraites à cause de leur longévité de huit ans inférieure ", et ce même pour celles " qui n’ont pas joué leur rôle : femmes divorcées, femmes sans enfants ". Et oui, l’idée est lancée, plus qu’un combat pour l’égalité des hommes et des femmes dans les sphères publiques et privées, c’est un combat pour la réaffirmation de la division des rôles dont il s’agit pour ces messieurs.

Apologie de la division des rôles

" Les femmes n’ont pas a avoir les mêmes droits sexuels que les hommes car elles n’ont globalement pas les mêmes besoins, ni la même physiologie ".
On en revient à cette lumineuse vérité de plusieurs siècles : la femme est un sexe prolongé d’un ventre et son rôle social se joue exclusivement là. Philippe Blay en appelle à la vérité historique : " la division des rôles selon le sexe fut une entente tacite entre les hommes et les femmes pour que les privilèges et devoirs des hommes soient compensés par les privilèges et devoirs des femmes ". Lutter contre cette division, c’est alors " déresponsabiliser " les femmes face à leur rôle maternel, laisser proliférer le divorce (JC Langerné, encore lui, insiste sur les 39% de taux de divorce du post-féminisme), et subir la dénatilité, responsable à terme d’une " autre société, puisque l’ampleur de l’immigration à prévoir modifiera notre culture et notre mode de vie " conclut gravement André Perot. " La majesté féministe " sera donc coupable de cet état de fait puisqu’elle refuse l’instauration d’un " salaire maternel " et préfère les incitations au travail féminin. Ca vous rappelle quelques fâcheux discours ? C’est étrange, moi aussi…

Faire cause commune ?


Nos joyeux lurons d’ " honnêtement ", s’ils s’appuient sur une dialectique qui leur est proche, ne sont pourtant pas inféodés aux fascisants bleu-blanc-rouge. Après quelques recherches, il s’avère que Mr Habib participe de ce mouvement tout à fait estimable des hommes en lutte pour leurs droits de père. On retrouve ainsi la promotion de son livre sur le site de SOS-divorce pour papas en détresse.
Là encore le parallèle est proche avec la haine nationaliste, car d’eux aussi on a envie de dire qu’ils " se trompent de colère ". La cause paternelle est aussi la cause des féministes, elle provient du même fléau : cette détermination sexuée qui annihile les individus et la réalité de leur situation. Attribuer la garde systématiquement à la mère ou prononcer des prestations compensatoires ad vitam , c’est pérenniser ces clichés qui veulent que le sexe énonce des compétences et déficiences types, comme l’incapacité des hommes à élever un enfant ou celle des femmes à subvenir seules à leurs besoins.
En combattant le schéma du pater familias, les féministes n’ont pas seulement libéré les femmes de leurs foyers, mais aussi les hommes de ces clichés imbéciles qui leur interdisaient la tendresse au profit de la seule figure autoritaire. Est-ce à cela que ces pères malheureux veulent revenir ? Une institution familiale où les rôles sont figés entre une mère disponible et aimante et un père absent et sévère ? Cela semble difficile à croire. Que les pères en colère dénoncent les privilèges juridiques de leurs ex-femmes est nécessaire, mais ils ne doivent pas se tromper d’ennemi, cette injustice est un des fruits de ce rapport de domination sociale entre les sexes que les féministes combattent depuis toujours, non au simple profit des femmes, mais pour la globalité des individu-e-s.
Aussi Habib et ses amis méritent-ils d’être dénoncés, non comme de sombres crétins anti-femmes, mais comme ce qu’ils sont vraiment : des agités réactionnaires engoncés dans une guerre des sexes qui enferment les hommes autant que les femmes.

P.-S.

Aurélie Charnet – décembre 2001

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