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Déclic, une voix dans la cité

vendredi 28 février 2003, par Dominique Foufelle

Dans l’esprit de son slogan, "La passion du son", l’association Déclic s’est dotée d’un nom qui sonne et résonne, résumant de surcroît parfaitement ses objectifs : Développement des Echanges et de la Communication pour l’Intégration Culturelle.
"Trois copines" l’ont fondée durant l’été 1995 : Violaine Heurtevent, comptable ; Valeria Miri, animatrice radio et Florence Thémia, technicienne du son. Elles se sont connues en travaillant pour la même société, laquelle était à l’origine de Radio-Aligre. Les deux premières ne participent plus directement aux activités, mais sont restées membres du CA. La troisième passe toujours le plus clair de ses journées au studio de Déclic, dans le quartier Saussaie de Saint-Denis. Elle a mis plusieurs années à réaliser son objectif de départ : créer son propre emploi, à la hauteur de ses compétences, conforme à ses aspirations et servant ses convictions, et en créer pour d’autres.

Un espace pour les filles


A leur rencontre, Valeria et Florence se découvrent une communauté d’esprits, et une évidente complémentarité : l’une côté micro, l’autre côté son. Elles entament les ateliers Radio en 1996, à Saint-Denis, car Valeria habite le quartier Courtille. Interventions bénévoles d’abord, à la Maison de quartier et dans deux collèges. Durant l’année 1997, elles obtiennent un local, un financement pour un premier emploi CES qu’occupe Valeria à titre d’animatrice, et les premières diffusions d’émissions sur Fréquence Paris Plurielle (FPP, déjà) et Radio-Aligre (un partenariat depuis interrompu). Il s’agit à l’époque d’émissions réalisées avec des élèves de Sections d’Education Spécialisée auprès desquelles elles mènent des ateliers. Florence est restée bénévole, très active pourtant. "On a jonglé comme ça jusqu’en 1999, se souvient-elle, où je suis entrée comme salariée de l’association, à la technique."
Cette même année les rejoint Nastasha Le Roux. Elle apporte dans ses bagages les activités musique, Eveil musical dans un premier temps, puis atelier Chansons pour les primaires et atelier Musique et Chant pour tous publics. Chanteuse et saxophoniste, auteure-compositeure, elle a fondé en 1990 Les Zarmazones, groupe exclusivement féminin, dont Florence assure le management. Elles se sont connues lors de l’émission "Mais qu’est-ce qu’elles veulent encore ?" diffusée sur FPP.
On l’a compris : ces dames sont résolument féministes. La présidence de l’association, elles y tiennent, a toujours été et sera toujours tenue par une femme. La présence de femmes à la direction d’une structure étonne les jeunes. Pour les filles, cela fait du local un lieu sûr : "Elles savent qu’elles seront bien accueillies ici, ni rejetées ni insultées. Ça les encourage à poser des questions qui n’ont rien à voir avec la radio ni avec Déclic. Quand quelque chose les préoccupe, elles viennent en parler", explique Florence. Les garçons eux, "sont bien obligés de garder un certain respect vis à vis de femmes qui ont des responsabilités, qui font fonctionner une association. A force, le discours change. Ils savent qu’ici, il y a des mots à ne pas prononcer." Ces nouvelles donnes favorisent un dialogue filles/garçons : " La confrontation, c’est super, estime Natasha. Mais il faut que les filles puissent être suffisamment à l’aise pour tenir tête." Avec les femmes de Déclic, les adolescentes discutent aussi avenir. Le récit de ces parcours atypiques leur ouvre des horizons et leur enseigne qu’il est possible, même pour une fille, même d’origine étrangère et/ou à la peau noire, de trouver et poursuivre sa propre voie/voix.
Les Zarmazones ne font pas partie de Déclic, mais y restent très liées. C’est pour Florence "une autre façon de militer. Qui dérange." Le versant le plus radical du féminisme de ces femmes dont la tolérance et la gentillesse ne cadrent pas du tout avec l’image convenue de féministes forcément âpres et bornées. De quoi faire réfléchir hors des sentiers battus.

Gestion démocratique


La production des émissions 93 SFC (diffusées sur FPP) a commencé en 2000, en liaison avec la réhabilitation du quartier, qui a favorisé le soutien financier du projet par la ville. Le Journal de Saint-Denis, et notamment la fidèle Juliette Seydi, relaie cette nouvelle activité, en favorisant ainsi l’impact auprès des habitants. Il y a donc désormais deux facettes de l’activité radio : la réalisation par l’équipe d’une émission mensuelle avec les habitants du quartier Saussaie/Floréal/Courtille ; les ateliers radio avec les jeunes.
En 2001, Valeria quittant non l’association, mais son emploi au sein de celle-ci, Florence a troqué la technique pour l’animation. Thierry est venu occuper son poste vacant, remplacé aujourd’hui par Marc Théodose, musicien et compositeur autodidacte, devenu prince de la table de mixage, qui participe aussi aux ateliers Rap. Puis Juliet Mounier arrive en renfort pour prendre en charge 93 SFC, tandis que Florence se consacre aux ateliers radio.
Chacun-e a donc son domaine d’action, mais met ses compétences au service des autres. Les projets convergeant vers les mêmes objectifs, défendant les mêmes valeurs, on discute ensemble de leur avancée. Pas de planning précis, mais des réunions improvisées, quand le besoin s’en fait sentir. La concertation se poursuit néanmoins de façon continue, "entre deux portes". Le fonctionnement au quotidien de l’association est assuré par ses quatre salarié-es. Le C.A.,dont Florence fait partie, a un rôle d’administration, intervient sur des problèmes généraux. Les comptes sont confiés à une comptable extérieure.
La question d’une évolution vers une SCOP (Société Coopérative de Production) ou une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) se pose. Mais comment financer des emplois grâce à des activités culturelles et sociales ? Sans entrer dans une logique commerciale. En conservant pour priorités d’en garantir l’accès à toutes et tous, et de travailler avec les populations et à leur bénéfice. Dans une cité dont, précisément, les habitants ne peuvent rémunérer des prestations.
Déclic a gagné le respect des habitants du quartier, la confiance des structures sociales, le soutien de partenaires institutionnels ? Mais la conjoncture politique inquiète bien sûr Florence : "On a tous des emplois "aidés" donc précaires. On dépend des pouvoirs publics." Crainte qui n’empêche pas l’équipe de poursuivre ardemment son travail, et d’envisager le développement d’activités qui contribuent à prévenir la délinquance et à maintenir le lien social.

Pour en savoir plus : www.declic93.org

P.-S.

Dominique Foufelle - janvier 2003

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