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Un réseau s’agrandit

mercredi 29 janvier 2003, par Dominique Foufelle, Pénélopes

Le Réseau femmes et économie solidaire (RIFES) avait été initié lors du Forum social précédent. Partenaires françaises et brésiliennes se sont retrouvées à ce troisième forum, pour accueillir de nouvelles venues, dresser le bilan de la première année d’existence, et surtout définir les priorités pour l’avenir proche.

L’atelier organisé par les Pénélopes sur le Réseau femmes et économie solidaire (RIFES) a pris la tournure escomptée : celle d’une réunion de travail. Les partenaires brésiliennes présentes ont témoigné de leur expérience au sein du réseau. Pour la coopérative Maria Marias, le partenariat a apporté des bénéfices concrets : la rencontre l’an passé avec la coopérative française Femmes Actives a débouché sur une action de solidarité, qui lui a permis d’acquérir deux métiers à tisser et de faire réaliser des étiquettes très "pro". Sa représentante à l’atelier, Maliza, explique que la visite "d’étrangères" a contribué à la reconnaissance de la coopérative dans le quartier.

Claudia Prates, militante féministe très impliquée dans le développement de l’économie solidaire, qui accompagne des structures, a tiré des échanges des enseignements pour sa propre pratique de terrain. Elle fait aussi partie d’un réseau d’Amérique latine. Pour elle, pas de doute : "La mise en réseau rend le travail des groupes plus fort. C’est que cette façon qu’ici, à Porto Alegre, nous avons pu imposer que la restauration sur les lieux du FSM soit assurée par des coopératives. Ces structures n’agissent pas seulement dans l’économique, mais aussi dans le domaine de la santé, de l’éducation ? Un réseau international permet d’établir un lien avec les initiatives féministes dans le monde entier. "
La Québécoise France Cormier raconte les multiples réalisations de Comsep, structure d’économie sociale (comme on dit au Québec pour économie solidaire), membre de RIFES, qui accompagne la création d’activités économiques pour les plus démuni-es et qu’elle a été chargée de représenter. Elle a reconnu une similitude de démarche et d’objectifs dans toutes les initiatives dont elle vient de faire la connaissance.

De nouvelles partenaires

Deux nouvelles partenaires potentielles se sont jointes à l’atelier, qui ont exposé leurs initiatives ? avant de confirmer leur participation.
L’association haïtienne Afasda (Femmes Soleil), était depuis plusieurs mois en relation via email avec les Pénélopes. Une rencontre non virtuelle avec Elvire Eugène, sa coordinatrice, a permis de conclure l’accord. Dans un pays en proie à une très grave crise politique sociale et économique, et à une répression policière féroce, Afasda travaille à organiser les femmes, victimes de discriminations flagrantes. Elle a étendu ses activités à plusieurs départements du pays et compte près de 1.200 membres. Combinant alphabétisation, formation, information, elle poursuit l’objectif d’aider les femmes à accéder à l’autonomie financière en créant leur propre activité. Une mutuelle et une caisse de solidarité ont déjà été mises en place. Afasda prépare la création d’une tontine pour les jeunes filles, où leurs parents pourront également cotiser, et l’ouverture d’une boutique d’exposition-vente de leurs réalisations, autofinancée par un restaurant communautaire qui serait aussi un centre de formation. Elvire a pris l’engagement de s’activer à rallier d’autres associations haïtiennes au RIFES. Ce qu’elle en attend : un support pour les échanges d’expériences et le renforcement des initiatives par l’union des forces.
La Paraguayenne Vicenta Rodriguez a rencontré les Pénélopes au Forum social 2003, lors d’un atelier sur les femmes et l’économie solidaire. Elle vit en zone rurale, dans un village comptant quelque 1.500 habitants. L’association fondée il y a deux ans a pris le nom de "Co-écoute", parce que "pour savoir quelles actions entreprendre, il faut d’abord s’écouter les unes les autres." La création d’une activité économique a été imaginée il y a deux ans, en riposte aux violences conjugales. "On s’est dit : si les femmes ont des revenus, elles n’accepteront plus en silence d’être battues.", rapporte Vicenta.

Ses amies et elle se livrent à une étude de marché, pour aboutir au projet d’une boulangerie. Cinq femmes y sont aujourd’hui permanentes, gagnent modestement leur vie, mais suffisamment pour nourrir leur famille ; dix en tout y travaillent, et une soixantaine en profitent directement, par exemple en fournissant le bois qui alimentera le four. Chemin faisant, d’autres activités (couture, crochet ?) ont été lancées. Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact sur les violences. Toutefois, l’association encourage les femmes de son entourage à porter plainte contre leur agresseur, et en cas de séparatioin, à attenter une action en justice pour obtenir le paiement d’une pension alimentaire ? "si le mari travaille !", plaisante Vicenta. Le groupe veut rester autonome, précise-t-elle, et n’a aucune intention de se laisser dicter sa conduite par une ONG. En revanche, elle adhère tout à fait au projet d’un réseau d’échanges géré par les porteuses d’initiatives elles-mêmes.

Prêtes à relever les défis


Les Pénélopes ont ensuite expliqué le projet Femmes en Réseau (volet français du RIFES) de création de six sites web pour six structures d’économie solidaire de femmes, outils à la fois de promotion de chacune et de communication entre toutes [1]. Mais ce que souhaitent unanimement les participantes, c’est un site exclusivement consacré au réseau international, qui présente les structures et permette leurs échanges directs. Les Pénélopes s’engagent à réfléchir dès leur retour à un projet et à chercher des financements permettant de le réaliser.
Les discussions ont permis d’identifier plus précisément des points communs entre ces structures. Concernant le contexte, on retrouve partout la pauvreté, les violences sexuées, l’isolement, le manque de formation (l’illétrisme étant une réalité des pays du Sud, mais non du Nord). Concernant les facteurs de réussite : l’accompagnement, les politiques publiques (qui quand elles existent, font la différence), la recherche de financement (un travail préalable extrêmement formateur, rapportent les participantes), la recherche de l’autonomie économique au sein d’une structure fonctionnant démocratiquement (la démocratie économique à l’ ?uvre).

Les participantes inscrivent dans leurs objectifs de travailler à une définition plus fine de ces points de convergence, au niveau des obstacles comme des solutions, étape indispensable pour élaborer de nouvelles stratégies.
Chacune de son côté va transmettre la teneur et les conclusions de ces échanges, et encourager l’entrée de nouvelles partenaires. Daniela, une journaliste et infirmière de Sao Paulo explique que, venue "par hasard" à l’atelier, elle en repart dans la ferme intention de transformer son projet de radio, en y ajoutant une dimension insertion sociale des femmes par l’économie solidaire.
On se sépare avec émotion. Chacune a été profondément touchée par les témoignages des autres, et toutes ont trouvé un encouragement dans cette rencontre. "Je connais le travail en réseau, dit Claudia. Mais c’est un apprentissage et un enrichissement permanents. Cet atelier me confirme encore que je suis sur la bonne voie, vers le monde que je veux pour ma fille."

P.-S.

Dominique Foufelle - 28 janvier 2003

Notes

[1] Pour visiter le premier site réalisé : www.femmes-actives.org.

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