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La force de la paix contre la force

mercredi 19 mars 2003, par Joëlle Palmieri

Azerbaïdjan. Lointain pays du Caucase. Pourtant, rien n’arrête Arzu Abdullayeva, militante des droits humains venue crier au FSM « Non à la guerre, oui aux forces de paix ! ».

Arzu Abdullayeva vient d’Azerbaïdjan. Plus de 10.000 km la séparent du Brésil. Et c’est forte de multiples messages de paix qu’elle a fait le voyage jusqu’à Porto Alegre. « Paix partout ! », voilà ce qu’elle veut partager avec la masse des délégués du FSM. Présidente du Comité national des droits humains de son pays, co-présidente du Dialogue azero-arménien et enfin co-présidente avec Bernard Dreano de l’Assemblée européenne des citoyens, l’Azérie se veut très concrète : « Nous sommes altruistes, on a besoin de pragmatisme ». Et de faire le lien, si naturel – comme si elle avait dix années de démocratie participative derrière elle : « On veut de la politique pour les gens, pas pour le pouvoir ».

Arzu Abdullayeva habite en effet dans un pays où le pouvoir est entre les mains d’un dictateur du nom de Heydar Aliyev. Mais la Caucasienne voit plus loin que le bout de son nez et parle, sans élever la voix, voire en gardant le sourire, de Georges W. Bush qui « ne comprend rien, qui pose des questions très naïves ». « Les gens qui ont le pouvoir ne devraient pas utiliser la force contre les autres au nom de la démocratie », pointe-t-elle, comme un non-sens. Pour la militante des droits humains, utiliser la démocratie comme prétexte ne tient pas puisque la « paix est justice » et utiliser la force est la « pire des politiques ».

Un conflit local gelé

Et elle connaît bien son affaire… L’Azerbaïdjan vit un conflit de plus de dix ans avec l’Arménie, son voisin, pour s’arracher le territoire du Haut-Karabakh. Le conflit est aujourd’hui gelé. Alors les pacifistes mettent tout en œuvre pour que « les gens des deux côtés se rencontrent », parce que « chacun des deux peuples ne désire la guerre », contrairement aux politiques qui "la veulent pour des intérêts économiques – le pays est sur une nappe de pétrole -, politiques et… individuels ». Eh oui ! La corruption vient ici compléter un tableau déjà sombre.

Mais, Arzu Abdullayeva aime à penser qu’il faudrait « un modèle utile pour les deux parties ». Ainsi, le 16 février prochain se tiendra à Tbilissi, capitale de la Géorgie, une rencontre entre Ongs, scientifiques, mouvements… venant des deux pays. Rencontre dans laquelle elle met tous ses espoirs : « Les choses ont bien progressé parce qu’il y a maintenant des projets communs ». Prochaine étape, le rendez-vous entre politiciens azéris et arméniens et responsables du Haut-Karabakh. « Il faut démilitariser le Haut-Karabakh, c’est la meilleure façon de s’épargner les attaques de quiconque ! », assène-t-elle.

De la guerre aux violences, il n’y a qu’un pas

Et l’Iraq dans tout ça ? « J’ai très peur ». A Porto Alegre, Arzu Abdullayeva intervient dans un séminaire sur la paix : « Je serais très heureuse si nous arrivons à arrêter le processus de guerre en Iraq ». Loin de soutenir Saddam Hussein, qu’elle qualifie de tyran, l’Azerie veut « défendre le peuple irakien pour atteindre la démocratie, ce qui reviendra moins cher que de bombarder… ». Bien sûr, des raisons économiques motivent cette guerre annoncée. Mais ce ne sont pas les principales. Ce qui compte, c’est la place du pays sur la carte géo-politique. Néanmoins, d’un simple point de vue économique, les Russes sont particulièrement concernés, car pourvoyeurs d’armes. « Ils ont un marché captif ».

Du fait d’accords entre pays du Caucase, la Russie contrôle tout. En Azerbaïdjan, les Russes rencontrent plus de difficultés, puisqu’ils sont confrontés aux Etats-Unis, intéressés par le pétrole. Et paradoxe – ou pas –, les Azéris qui vivent sur les terres riches de l’or noir n’ont pas accès à l’eau et à l’électricité, le salaire moyen est de 20$ par mois… La situation est grave. Mais pour tous ceux qui ont la « chance » de travailler dans des entreprises privées, essentiellement turques, le salaire est décuplé, et atteint parfois les 1000$. Mais la chance a un prix, celui du harcèlement, sexuel et moral. D’où une explosion des violences, et en particulier de celles subies par les femmes, à l’intérieur de l’entreprise comme à la maison. La prostitution et le trafic y afférant commence doucement à se développer…

C’est l’œil triste que la militante des droits humains énonce ces faits. Pourtant, l’heure de la riposte a sonné, et trois semaines avant le FSM, 15 jours d’actions ont été menées contre les violences faites aux femmes dans la capitale, Bakou. Quelques jours auparavant, c’est une campagne pour des « élections justes » qui a été lancée par une coalition de groupes de femmes (le pays est en période pré-électorale). Ce que respire et inspire Arzu Abdullayeva, c’est bien la résistance, la volonté de lutte. « S’il n’y avait qu’un mot à dire au Forum social mondial, ce serait "Arrêtons la guerre !". On ne peut pas être plus faibles qu’eux, on doit ouvrir les yeux des gens et démontrer notre force de paix ».

P.-S.

Joelle Palmieri - 24 janvier 2003

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