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Diana Culi et le retour du féminisme

samedi 25 janvier 2003, par Josefina Gamboa, Pénélopes

Diana Culi lutte inlassablement pour défendre la cause de femmes de la région, victimes des conflits, et du trafic d’êtres humains organisé par des réseaux de proxénétisme, très florissant dans son Albanie natale.

Après avoir écouté plus d’une heure de témoignages, Diana Culi prend énergiquement la parole. Elle fait partie du Forum Indépendant des Femmes Albanaises et évoque avec humour et amour son pays meurtri : "Le changement a été brutal, par exemple, nous ne connaissions pas auparavant le concept de classe sociale, maintenant nous avons des riches et des pauvres". Les difficultés multiples n’ont pas entamé son dynamisme.
La condition des Albanaises régresse, explique-t-elle. L’année 1946 avait vu naître la loi pour l’égalité. Pendant la période communiste, salaires et études étaient identiques pour les deux sexes. Cependant, les femmes ne participaient guère à la vie politique. Le retour du machisme les a prises au dépourvu : "Comment réclamer une loi, si nous ne l’avions jamais fait avant ? Quand nous avons vu qu’au Parlement de 1992 il n’y avait que cinq femmes, nous avons compris qu’un sentiment de domination masculine s’était réveillé." Depuis, les citoyennes s’organisent.
Pour Diana Culi, le trafic de femmes, "exportées" vers l’Europe occidentale par des réseaux de proxénétisme, constitue une question de première urgence. "De faux prétendants arrivent dans des villages isolés de montagne, avec un homme qu’ils présentent comme leur propre père, et demandent en mariage des jeunes filles de familles pauvres. Chez nous, on n’a pas la tradition du mensonge, les familles ne se méfient pas, elles se sentent honorées de la demande." Des milliers d’Albanaises franchissent ainsi les frontières sous la contrainte, vers l’Italie, étape vers d’autres destinations, où la terreur de la prostitution les attend.
Le Forum Indépendant des femmes albanaises agit contre le trafic de deux façons : en informant les familles rurales du danger ; en portant assistance aux jeunes femmes qui reviennent, meurtries, dans une profonde détresse matérielle et morale. Qu’elles aient réussi à échapper aux proxénètes ou qu’elles aient été expulsées du pays "d’accueil", elles sont rarement accueillies avec chaleur. Leur passé de personne prostituée est considéré comme une honte pour la famille et le village, et elles courent un danger de mort. Diana Culi et ses compagnes travaillent aussi à faire évoluer les mentalités, pour que les victimes ne soient plus considérées comme des coupables.

P.-S.

Josefina Gamboa - 24 janvier 2003

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