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Jany Hansal, un combat pour la dignité

samedi 25 janvier 2003, par Josefina Gamboa, Pénélopes

Jany Hansal dirige l’association de femmes croates Desa, depuis le début de l’après-guerre en Croatie. Pour elle, seule l’indépendance économique peut conduire à une conscience politique de soi-même. Mais la tâche n’est pas évidente, lorsque la dignité est partie avec les derniers chars d’assaut.

L’histoire de l’ONG Desa a commencé juste après les plus cruels bombardements sur la belle ville de Dubrovnik, Croatie, entre 1991 et 1992. « Les bombardements arrivaient de la montagne, de l’air, de la mer... tout était détruit, et comme dans toutes les guerres, ce sont les femmes, les enfants et les personnes âgées que l’on retrouve dans les rues, sans logement, les hommes étant partis faire la guerre », raconte Jany Hansal, responsable de cette initiative, à l’occasion d’un débat avec des consœurs de l’Est...
L’activité touristique brusquement interrompue, les hôtels ont servi temporairement d’abri. L’Europe a gentiment envoyé a l’époque des containers de vêtements... vieux et troués. « C’était une deuxième agression pour ces gens qui voyaient leur dignité bafouée. L’Europe aurait dû tout faire pour arrêter les guerres dans les pays de l’Est, elle n’est pas intervenue, elle a alors voulu essayer de se racheter une conscience. A ce moment-là, nous avons ressenti l’obligation de faire quelque chose ».

Ainsi est né chez Jany et quelques autres un besoin incontournable d’agir solidairement pour redonner de l’espoir aux femmes les plus affectées. Peu après, un programme de recyclage des dons reçus voyait le jour, projet qui est devenu un soutien psycho-social pour des femmes des alentours. Desa s’est élargie par la suite : centre de formation, cours d’informatique, cours de langues étrangères, formation pour l’insertion professionnelle dans le tourisme... la liste s’allonge en permanence. « Si elles sont économiquement indépendantes, elles seront politiquement conscientes », résume Jany.

Séquelles insoupçonnables

Après 10 ans de travail avec Desa, elle a pu constater à quel point une guerre affecte presque irréversiblement la personnalité, l’identité, sans parler du destin. « Une fois, nous avons recu une jeune fille, elle n’avait pas plus de 18 ans. Elle était incapable de parler. Pendant 8 mois, nous n’avons pas pu lui arracher un seul mot de la bouche. Elle confectionnait des poupées, les plus tristes qu’on puisse imaginer. Au bout de 8 mois parmi nous, elle a commencé à sourire, puis à parler. »

La chute du sytème communiste et les privatisations consécutives ont entraîné la fermeture des grandes usines, le chômage montant à 25%. Mais pour Jany c’est très clair : le futur ne peut être que meilleur. « Notre ancien régime était dictatorial et mille fois pire que le capitalisme, car c’était de l’impérialisme, ce qui est encore plus sauvage pour les femmes. » Aujourd’hui les femmes croates travaillent souvent dans des petits magasins, sans garantie de toucher un salaire à la fin du mois. Dans ce sens, être embauchée par l’Etat est toujours synonyme d’avoir de la chance.
Bien qu’en janvier 2000, des élections prometteuses aient eu lieu, les changements positifs pour les femmes se font attendre. Entretemps, les politiciens ne cessent d’être guidés par l’ambition, comme auparavant. Mais Jany est optimiste, car pour elle la démocratie est un processus très lourd et, en Croatie, relever ce défi devra prendre encore de nombreuses années.

P.-S.

Josefina Gamboa - 24 janvier 2003

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