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Québécoises en lutte contre l’exclusion

jeudi 16 janvier 2003, par Dominique Foufelle

A Trois Rivières, entre Montréal et Québec, douze femmes se sont attaquées aux causes de l’exclusion. Comptant une personne sur quatre illettrée, elles ont décidé de donner des cours d’alphabétisation. Chemin faisant, elles ont créé des emplois et se sont rendu compte qu’elles pratiquaient l’économie sociale. Féministes de surcroît, elles ont généré une dynamique d’égalité dans toutes les entreprises qu’elles ont créées.

Plus de 3 500 personnes travaillent dans une des 625 entreprises de l’économie sociale au Québec. Les garderies, les coopératives forestières ou d’habitation, les services d’aide domestique, les troupes de théâtre, ?forment le gros des activités couvertes par le secteur. Mais, qui lit économie sociale doit comprendre économie solidaire à la Française, car, au Québec, " notre " économie sociale est qualifiée de " vieille ".
Le Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire (COMSEP), créé il y a quinze ans par douze femmes dont l’activité principale était la cuisine, représente aujourd’hui un des fleurons de l’économie sociale outre-Atlantique. Organisme sans but lucratif, le COMSEP favorise la création d’emplois par l’éducation populaire. Conscientes du taux élevé d’illettrisme (au Québec, on préfère dire analphabétisme, une personne sur quatre est concernée dans le territoire du Grand Trois-Rivières, à 100 km au sud-ouest de Québec), ces femmes ont décidé de développer des formations pour lutter contre l’exclusion. Selon une de ses membres, " dans la lutte contre la pauvreté ? ce sont les femmes qui sont le plus affectées -, l’économie sociale est incontournable. " Aujourd’hui, aidées pour moitié par des subventions d’Etat, elles sont propriétaires de plusieurs bâtiments qu’elles louent aux entreprises qu’elles accompagnent, à des prix très modestes. Ainsi, analphabètes, handicapé-es, itinérant-es, immigré-es, familles monoparentales, populations pauvres, âgées, ex-psychiatrisées, assistées sociales, toutes personnes exclues de fait du marché du travail, bénéficient de formations longues adaptées pour créer, à terme, leurs propres emplois. Une fois l’emploi créé, les salaires décidés sont plus élevés que dans le privé : 11$ canadien de l’heure pour un-e ébéniste au lieu de 8$, 13$ contre 9 pour une couturière.

Des activités variées


Le COMSEP organise également des activités connexes comme l’accès libre à Internet dans différents lieux, un comptoir vestimentaire, un journal quotidien, un service de restauration ? Près de 4000 personnes participent chaque année à ces activités et plus de 400 en sont membres. 125 y sont bénévoles dont 80% de femmes. Parmi les fiertés de Sylvie Tardif, l’une des fondatrices, l’ébénisterie, fondée en 1999 et dans laquelle une quinzaine de personnes travaillent quotidiennement. Spécialisée dans la fabrication de meubles en bois, elle vend sa production aux particuliers comme au secteur privé. Elle fabrique également des piquets pour les clôtures, exportés aux Etats-Unis. Chaque personne en stage est encadrée par un coordinateur, lui-même issu de la filière et une psychologue répond aux demandes des personnes en difficulté. Bien d’autres activités sont orchestrées par le COMSEP, comme l’usine de couture, un atelier de stylistes, un autre de conditionnement de café équitable et évidemment Bouff’elles, restaurant hors pair, qui accueille, chaque jour, plus de 30 personnes. " On essaie de décider les menus de façon participative ", explique la diététicienne. Ce qui caractérise tou-tes les employé-es : leur optimisme ! Comme le souligne Josée, une autre fondatrice, " avoir un emploi, même pas rémunéré, c’est déjà énorme ! ".

Lutter contre l’exclusion


En 1995, le COMSEP a créé ECOF (Economie communautaire de Francheville) dont la mission est d’améliorer les conditions de vie des personnes défavorisées " socio-économiquement et/ou faiblement scolarisées ". ECOF fait également la promotion de formules alternatives de travail qui allient à la fois la formation et la réinsertion, et la production de biens et services utiles à la collectivité. ECOF sensibilise la population et plus particulièrement les milieux économiques institutionnels et politiques. Partie prenante dès 1995 de la campagne " du pain et des roses " contre la pauvreté et les violences faites aux femmes, le COMSEP était totalement impliqué dans la Marche mondiale des femmes. D’ailleurs, ses fondatrices se disent féministes. A noter une originalité : le COMSEP a mis en place un groupe " femmes " mais aussi un groupe " hommes " ?

COMSEP, 749, rue Saint-Maurice, Trois-Rivières (Québec) G9A 3P5
Téléphone : (819) 378-6963, Télécopieur : (819) 378-0628
comsep@tr.cgocable.ca

P.-S.

Joelle Palmieri - juin 2001

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