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Femmes actives... et résistantes à Saint-Denis

Entretien avec Djamila Maïni

vendredi 31 janvier 2003, par Dominique Foufelle

Femmes actives, coopérative de femmes située à St-Denis, a choisi son camp : celui de l’alliance du social et de l’économique. Une priorité : l’emploi des femmes. Un frein : les politiques, élus locaux compris, qui ont un train de retard. " Ne plus être assujetties aux petits boulots précaires, avoir un projet dans lequel les femmes puissent s’impliquer collectivement et avoir prise sur les décisions concernant l’entreprise et donc la gestion de leur propre emploi ", tel est l’objectif que s’est donné d’emblée Femmes actives Service. Comme le souligne Djamila Manini, sa présidente, l’idée initiale était de " créer une activité économique qui puisse faire une place importante aux femmes et leur donner les moyens d’accéder à l’emploi. " Dans un premier temps, l’association Femmes actives est née en 1994 sur le quartier des Francmoisins à Saint-Denis, en banlieue parisienne, dans le 93. La Coopérative Ouvrière de Production (SCOP) du même nom, a ensuite été créée, en 1998, et compte aujourd’hui six femmes salariées-sociétaires, qui proposent repassage, retouche, confection, décoration de maison, rénovation textile d’ameublement et un service traiteur avec une dominante bio.

Faire naître un nouveau cadre juridique

Le statut associatif laisse beaucoup de libertés, mais ne coïncide pas avec l’engagement personnel et collectif indispensable à un projet économique viable. L’entreprise, quant à elle, impose des contraintes de rentabilité et de productivité, et surtout un rythme qui laisse trop peu de temps à la formation, à la prise de distance, à la réflexion sur les futurs développements ? Mais comment donc concilier la double ambition du projet de Femmes Actives qui se veut à la fois social et économique ? Un statut intermédiaire s’impose ? Le statut SCIC, Société coopérative d’intérêt collectif, en discussion au sein du gouvernement, porté par Guy Hascoët, Secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire, offrirait l’avantage de combiner les deux formules. " Laisser la possibilité aux gens en interne d’évoluer à leur rythme, tout en donnant la possibilité à la structure d’accéder à des contrats de travail aidés par l’Etat, permettrait de rentabiliser la structure tout en laissant le pouvoir de décision à ses actrices ", insiste Djamila Manini. Cela permettrait également d’élargir la clientèle à un public qui n’a pas les moyens d’accéder normalement à des services comme " se faire confectionner des rideaux, sans avoir à payer le prix du tapissier-décorateur ". Cela remplirait donc une double mission d’accompagnement social, en interne comme en externe, et de création d’un vivier de projets et d’activités. En effet, ce statut favoriserait de fait la mutualisation des moyens de plusieurs entreprises au niveau régional, comme la mise en place de formations adaptées, des études de marché ?

Des élus encore trop frileux

La pratique actuelle de l’Etat et des collectivités territoriales est " on aide ou on n’aide pas, on finance ou pas, le projet est intéressant ou pas ? ". La SCIC prévoit d’associer les intervenants institutionnels à la structure et donc de les mettre en situation, en quelque sorte, d’obligation de résultat.
Mais en France, " on n’est par mûrs pour ça ", déplore Djamila Manini. Beaucoup de frilosité et de latence caractérise les élus locaux ou responsables nationaux et l’accompagnement des initiatives économiques solidaires ne fait pas partie de leur priorité ou tout du moins de leur mode de fonctionnement. Si tout va bien, le soutien se fait connaître, mais quand l’entreprise est en difficulté, " il est très rare de trouver la réponse adéquate ou du soutien ". La ville de St-Denis a pris l’option, en ce qui concerne Femmes actives, de faire appel à elles pour des prestations de services. Il n’y avait en effet pas de coopérative sur la ville depuis plus de trente ans, et la municipalité, en revisitant ses valeurs, préfère, dans la mesure du possible, confier ses travaux à une structure appartenant au secteur de l’économie sociale et solidaire et, faisant d’une pierre deux coups, à une entreprise qui assure le lien social, revalorise l’image d’un quartier difficile ?
Mais Djamila Manini " attend toujours plus " de la ville. Selon elle, de l’aide, du soutien, de la publicité et de la communication sur l’originalité de l’entreprise, seraient le minimum qu’elle puisse faire.
Fondamentalement, " il manque un travail de sensibilisation, la constitution de groupes de pression pour alerter les élus locaux, les mettre devant leurs responsabilités ". La charité ne suffit plus. De véritables politiques de soutien vis-à-vis d’initiatives solidaires portées par ces femmes, garantes de la paix sociale, se font attendre sérieusement. Djamila Manini conclut amèrement : " on cumule les freins et les obstacles ? le quartier où nous avons choisi de nous installer n’attire pas ? et la ville doit nous accompagne sinon ce sont les quartiers qui mourront".

Pour en savoir plus, visitez le site : www.femmes-actives.org

P.-S.

Joelle Palmieri - janvier 2001

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