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Le viol, un crime passé sous silence

Résumé du rapport Amnesty International sur les violences au Kenya

vendredi 31 janvier 2003, par Dominique Foufelle

Au Kenya, la violence à l’égard des femmes est monnaie courante. Tous les jours, des femmes subissent des violences physiques et sexuelles. Des viols sont commis dans tous les groupes sociaux et ethniques. Il s’agit de crimes qui traumatisent les victimes et minent le statut de la femme dans la société. Dans la plupart des cas, les victimes souffrent en silence.

Le document est le troisième d’une série consacrée à la torture et à l’impunité au Kenya dans le cadre de la campagne contre la torture menée par Amnesty International. Il repose sur les recherches faites par l’organisation au fil des années, et notamment sur la mission effectuée au Kenya en août 2001. Sa date de publication, le 8 mars 2002, coïncide avec la Journée internationale de la femme. Amnesty International tient à ce que, en ce jour où sont célébrés à travers le monde les acquis remportés par les femmes, on n’oublie pas celles qui continuent d’être violées et battues et que des représentants de l’État ou des membres de leur famille privent de leurs droits fondamentaux.
Le rapport vise à apporter des réponses à certaines questions posées à Amnesty International par des femmes victimes de violences. Il porte sur les actes de violence, à caractère sexuel en particulier, à l’égard des femmes et met l’accent sur le viol, qu’il soit commis par des représentants des forces de l’ordre ou par des particuliers. Ce document analyse pourquoi les victimes ne sont pas correctement protégées par la loi et pourquoi les responsables continuent d’opérer en toute impunité.

Souvent, les personnes qui ont subi un viol font face à des obstacles insurmontables lorsqu’elles tentent de faire traduire les responsables en justice. Nombreuses sont les femmes qui, ayant été violées ou ayant fait l’objet d’autres formes de violence, ne cherchent pas à obtenir réparation, car elles sont paralysées par les traditions et l’immobilisme de l’État. Toute tentative en ce sens peut déclencher l’hostilité de la famille, de l’entourage et de la police, sans compter que les chances de succès sont minimes. Les personnes qui cherchent à obtenir justice sont confrontées à un système qui ne reconnaît pas ou qui nie, voire cautionne, la violence à l’égard des femmes et protège les responsables, qu’il s’agisse de représentants de l’État ou de particuliers. Malgré les obligations morales et légales qui sont les siennes, le gouvernement kenyan n’a pas réformé la législation nationale en vue de criminaliser les actes de violence contre les femmes, et ne s’est pas penché sur les pratiques discriminatoires de la police, des services pénitentiaires et du système judiciaire. Il doit modifier à la fois les lois et les pratiques pour mettre un terme à l’impunité dont jouissent les auteurs de violences contre les femmes.
L’inaction des autorités face à de tels actes, qu’ils soient le fait de fonctionnaires ou de particuliers, permet à ces violences de perdurer. L’État a la responsabilité de prendre des mesures pour protéger les femmes d’une violence persistante. En vertu du droit international, il doit faire en sorte que les droits humains de ses citoyens et de ses citoyennes soient protégés de manière adéquate. En promulguant des lois nationales et en ratifiant des instruments internationaux ou régionaux relatifs aux droits humains, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le gouvernement kenyan s’est engagé à ce que les droits des hommes et des femmes soient protégés, respectés et exercés. Cependant, des actes de violence continuent d’être perpétrés contre des femmes et les autorités kenyanes ne veillent pas à ce que les responsables de ces actes soient traduits en justice.

L’année 2002 sera marquée au Kenya par des élections présidentielle et législatives avec, à la clé, peut-être, un nouveau gouvernement et un nouveau chef d’État. Amnesty International va s’employer, à cette occasion, à faire des droits des femmes une priorité incontournable de l’agenda électoral. Ce 8 mars, Journée internationale de la femme, l’organisation rappelle au gouvernement kenyan ses responsabilités et ses devoirs envers ses citoyennes. Celles-ci, soit la moitié de la population, demeurent soumises à des lois d’un autre âge et à des pratiques discriminatoires dont la pérennité est assurée par le comportement des autorités et leur réaction face à la violence contre les femmes. Amnesty International tient à ce que, en ce jour où sont célébrés à travers le monde les acquis remportés par les femmes, on n’oublie pas celles qui continuent d’être violées et battues et que des représentants de l’État ou des membres de leur famille privent de leurs droits fondamentaux. L’organisation invite les membres du Parlement, les électeurs et les Kenyanes à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour veiller à ce que les candidats soient sensibilisés aux questions sexospécifiques, tant dans leur politique que dans leur attitude. Les préjugés sexistes du gouvernement actuel continuent de se refléter dans la composition de celui-ci : en effet, bien que les femmes représentent 54 p. cent de la population électorale, les 25 membres du cabinet ministériel sont des hommes et seuls neuf des 224 membres du Parlement kenyan sont des femmes.

Dans ses recommandations, Amnesty International exhorte le gouvernement à prendre des mesures efficaces pour se conformer à ses obligations internationales et protéger les femmes et les jeunes filles des viols et des autres formes de violence. Le Kenya a accepté d’être partie à certains instruments internationaux ayant force obligatoire, par exemple la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Dans le présent rapport, Amnesty International formule des recommandations à l’intention du gouvernement kenyan afin qu’il garantisse aux femmes et aux hommes une protection identique en vertu des lois, y compris le droit à l’intégrité physique.

P.-S.

Mars 2002

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