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Sortir de la pauvreté pour conquérir la sphère du public

jeudi 16 janvier 2003, par Dominique Foufelle

L’association Lua Nova, à Porto Alegre, forme et soutient des groupes de femmes dans la création de leurs activités économiques. Cet engagement local, concret, nourrit aussi l’objectif d’une plus forte participation des femmes à la vie politique.

Porto Alegre, au Brésil, est connu, du moins de ceux qui suivent la lutte contre la mondialisation libérale, pour sa démocratie participative, les assemblées populaires où les représentant-es des citoyen-nes émettent leurs propositions sur l’utilisation d’une partie du budget municipal. Marcia Bauer, membre du PT (Parti des Travailleurs) au pouvoir, participe à la gestion de la ville à la tête de la Coordination pour les droits humains. Militante féministe de longue date, elle estime cependant que les conséquences de l’oppression historique des femmes se font encore lourdement sentir. Ce pourquoi elle a créé en 1989 l’association Lua Nova.

Vers des échanges internationaux autonomes

Indépendante, quoique liée à l’ONG GUAYI, Lua Nova regroupe des militantes issues des mouvements féministes, syndicaux, ruraux. Elle s’adresse aux femmes des milieux populaires et fait dans le très concret. Car à Porto Alegre, en dépit de progrès que Marcia Bauer salue au passage, il subsiste d’importantes poches de grande pauvreté, où les femmes ont du mal à survivre et élever leurs enfants. Lua Nova s’est fixé pour objectif de les aider à créer leurs propres activités économiques.
Les actions de formation et de soutien s’adressent à des groupes de production aux activités très diverses : la coopérative Nova Amaña recycle du papier, le groupe Mocambo fabrique des déguisements pour le Carnaval, un autre recycle des vêtements usagés, de jeunes étudiantes en informatique bâtissent le double projet d’initier des formations et de créer une société de prestation de services ?A toutes, Lua Nova apprend à s’organiser, à gérer leur production, à bien mener leurs relations avec les institutions. Elle créé le lien entre les groupes, réunis à l’occasion de séminaires et favorise les échanges d’informations.
Les résultats varient en fonction des activités. Pour tous les groupes, la difficulté majeure reste la commercialisation. Pour l’optimiser, il s’avèrerait souvent nécessaire de se faire connaître hors Porto Alegre ; mais cela signifierait accroître et/ou améliorer la production, et en assurer la promotion, ce dont les femmes n’ont pas les moyens. Pas de doute, donc, pour Marcia Bauer : ces structures nécessitent un soutien des institutions, pour continuer à se former, s’équiper, se regrouper. Aussi milite-t-elle aux côtés de la députée Helena Bonuma pour faire voter une ligne de crédit spécifique.
Participante au débat du 13 avril sur la création d’un réseau international femme et économie solidaire, Marcia Bauer n’exclut pas la possibilité d’échanges commerciaux sur cette base. L’organisation d’une foire internationale des productrices ne lui paraît pas insurmontable. Sortir de l’isolement, échanger savoirs et expériences est, affirme-t-elle, absolument essentiel.

De l’émancipation privée à la représentation publique

Si l’autonomie financière des groupes bénéficiant du soutien de Lua Nova n’est pas complète, si les résultats restent modestes en ce domaine, les bénéfices humains sont énormes. Toutes les femmes connaissent de sensibles améliorations de leurs conditions de vie au quotidien. Leurs gains, mêmes petits, servent directement à l’entretien de la famille, selon les besoins qu’elles définissent elles-mêmes, et non plus laissés à l’appréciation de maris souvent peu intéressés à leur bien-être et à celui des enfants. Les hommes, d’ailleurs, s’investissent médiocrement dans le projet de crèche porté par l’association.
Les rencontres, les relations sociales donnent aussi aux femmes confiance en elles-mêmes. Et leur poids nouveau dans la sphère privée les encourage progressivement à s’exprimer en public. Il y a un grand nombre de femmes dans les assemblées populaires ? qui se réduit à peau de chagrin dans les conseils. Leur participation effective à la démocratie participative est un sujet de discussion important au sein de Lua Nova. Beaucoup se sentent encore incapables de prendre la parole en public. Mais le mouvement s’amorce ; et, Marcia Bauer est confiante, il s’étendra. Pourvu qu’on les aide d’abord à s’échapper du ghetto de la pauvreté.

P.-S.

Dominique Foufelle - avril 2002

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