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A l’Est, on espère du nouveau ? du vrai !

mercredi 8 janvier 2003, par Dominique Foufelle

La privatisation incontrôlée a provoqué en Yougoslavie une déréglementation totale du travail, dont les femmes pâtissent les premières. A contre-courant de la glorification du libéralisme, discours officiel auquel la population croit encore faute de mieux, un réseau féministe propose des alternatives solidaires.

Personne, ou presque, n’a envie en Yougoslavie d’entendre parler des difficultés des populations du monde occidental. Ce serait ruiner le rêve du salut par le libéralisme, auquel tant s’accrochent en dépit de l’évidence, déjà, de l’échec ? et qui profite si bien aux intérêts des maffias de tout poil.
Quelques-un-es cependant, tirent la sonnette d’alarme, et tentent de populariser d’autres solutions, l’économie solidaire en tête. C’est le cas des femmes d’AWIN (Association for Women’s Initiatives), que Branislava Bujisic représentait lors du débat autour de la création d’un réseau international femme et économie solidaire, le 13 avril 2002.

Privatisation à la sauvage

AWIN, basée à Belgrade, a été créée en 1978, avec des femmes de toutes les communautés de l’ex-Yougoslavie. Durant la guerre, les contacts ont été maintenus. Les groupes féministes se sont épanouis après 1990, couvrant tous les domaines ? y compris les urgences liées à la guerre, dont les conséquences des viols et violences. L’association favorise les liens, organise des rencontres. Elle a aussi ouvert un centre de documentation, et mène un travail de recherches.
Avant tout, il s’agit d’identifier les problèmes auxquels les femmes sont confrontées, des problèmes inédits dans une situation politique et économique nouvelle. La privatisation devait apporter la solution à tous les maux. Elle fut menée tambour battant, en 4 ans : " L’Etat vend tout, rapporte Branislava Bujisic. Absolument tout, de la terre aux clubs sportifs. " Le bilan est sombre : au plein emploi d’antan, ont succédé le temps partiel non choisi, la précarisation du travail. " Non seulement, les mesures ne correspondent pas aux besoins des femmes, diagnostique Branislava Bujisic, mais encore les lois ne sont même pas conformes à la législation internationale. " Les offres de l’Etat aux laissées pour compte se révèlent totalement inappropriées : " On propose des travaux d’artisanat à des femmes qui étaient employées dans le secteur tertiaire ! ".

Convaincre par l’exemple

Face à l’apathie d’une population sous-informée, éreintée par les souffrances et les privations, AWIN travaille sur deux fronts : élaborer des propositions pour améliorer les lois actuelles ; démontrer l’efficacité d’une autre voie pour la reconstruction du pays. Branislava Bujisic a bon espoir d’obtenir une législation du travail au moins conforme à la réglementation européenne : les dirigeants seront contraints de l’imposer s’ils veulent entrer dans l’UE. Mais convaincre que l’économie solidaire représente une chance pour la Yougoslavie est un combat de longue haleine, qui se heurte à des blocages psychologiques hérités du communisme.
La propriété collective n’a pas bonne réputation dans les pays de l’ex-bloc de l’Est ! Expliquer en quoi une coopérative ouvrière se distingue d’un kolkhoze ou d’un magasin d’Etat passe par des ruses de vocabulaire : " Nous employons le terme zadroga , un terme sympathique qui fait référence aux fermes familiales. " Car tout le monde porte en haute estime la solidarité familiale, dont on sait qu’elle reste la dernière barrière contre l’explosion sociale. La coopérative en tant que structure économique, elle, est considérée comme dépassée, " tout à fait à tort, estime Branislava Bujisic, car ça peut s’organiser partout, sauf dans l’armement. "
Pour contrer les réticences, AWIN a élaboré un projet Women Cooperatives ? A challenge and a chance ("Les coopératives de femmes ? Un enjeu et une chance"), qui préconise la discrimination positive, et pour lequel elle espère un soutien international. L’association a entrepris de mettre elle-même sur pied des coopératives n’exigeant pas de capital de départ : groupements de médecins, d’avocates, de traductrices ?Se voulant aussi " pratique ", elle organise des cours de langue et des initiations à l’ordinateur.
" Que nous le voulions ou non, la mondialisation se produit, constate Branislava Bujisic. Les problèmes sont les mêmes partout. " Et de conclure que les solutions aussi, d’où l’urgence d’organiser les échanges.
Contact : awin@sezampro.yu

P.-S.

Dominique Foufelle - avril 2002

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