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Et si la Prostitution était d’abord une histoire d’hommes ?

jeudi 31 octobre 2002, par Dominique Foufelle

Et si la perpétuation du système prostitutionnel venait en premier chef des hommes et de leur refus d’aborder le problème de leur sexualité, d’y réfléchir et de proposer ?

Voilà des lustres que, livres après livres, déclarations après déclarations, convention internationale après convention internationale, articles après articles, on parle de la prostitution comme d’un fléau social que l’on veut libre ou réglementé suivant le pays, l’époque, les conjonctures économiques etc., et tout tourne autour de la prostituée puis de la personne prostituée quand il a fallu intégrer les prostitués masculins et les enfants.
Depuis toujours on nous fait croire que la prostitution, c’est une affaire de femmes et donc ce serait aux femmes de travailler sur la question et d’y apporter des solutions.
La preuve ? dans les groupes de travail "prostitution " qui se sont développés ces dernières années dans les associations féministes ou autres (LDH, ATTAC, partis politiques, syndicats etc.) seules les femmes se penchent sur le sujet, essayent de comprendre, de réfléchir, de proposer. Les hommes sont rares, voire absents, de ces réunions comme si cela ne les concernait pas. Mais ce sont eux, les hommes, majoritaires faute de parité, qui vont élaborer les lois, les circulaires afin de "gérer" la prostitution.
Et si la perpétuation du système prostitutionnel venait en premier chef des hommes et de leur refus d’aborder le problème de leur sexualité, d’y réfléchir et de proposer ?

Mettons le proxénète de côté : c’est un homme classé par la justice comme un criminel bien que certains pays "réglementaristes" les transforment en honorables commerçants, voire entrepreneurs du sexe.
Par contre "revalorisons" celui par qui la nécessité ferait loi : le client de la prostitution, l’acheteur de services sexuels (Malka Marcovich), le viandard (Florence Montreynaud) cet homme qui n’est pas monsieur tout le monde (Suzanne Képes) mais qui peut être notre ami, notre conjoint, notre frère, notre père, notre voisin, un homme qui refuse de gérer sa sexualité sans domination, sans violence, sans faire souffrir un être humain, une femme de préférence. Cet homme qui considère cette bouche, cet anus, ce sexe qu’il va utiliser comme une "chose", un bout de corps qu’il a payé pour jouir. Mais pas totalement comme une chose puisque, "chose faite", il méprise par geste et par parole la propriétaire de ces bouts de corps, cette "salope", cette "pute", voire ce "pédé" si c’est un prostitué.

Nous demandons aux hommes des associations, des partis politiques et des syndicats :
* de se réunir ;
* de travailler sur leur sexualité et leur rapport avec le système prostitutionnel ;
* d’interpeller les politiques européens, les humanitaires, les soldats de la paix qui voient l’arrivée massive de personnes prostituées autour des lieux de leur réunion ;
* de proposer des solutions à leurs "instincts, envies, besoins irrépressibles" qu’ils soient "normaux", handicapés ou immigrés ;
* de réfléchir à leur certitude de croire que c’est par choix, par goût et non par nécessité que des femmes se soumettent à leurs désirs contre rémunération ;
* d’envisager l’éradication de cette violence faite aux femmes aux enfants qu’est l’acte sexuel répété, marchand et non désiré.

La prostitution est aussi une affaire d’homme, de respect de l’autre moitié de l’humanité que nous sommes, nous les femmes.

P.-S.

Marie-Christine Aubin (Groupe de travail Droits des Femmes de la Ligue des Droits de l’Homme) - septembre 2002

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