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Solidarités d’ici ou d’ailleurs

lundi 30 septembre 2002, par Dominique Foufelle

A Marseille, Femmes d’Ici et d’Ailleurs est un lieu d’entraide où des femmes immigrées de tous âges, majoritairement venues du Maghreb, élaborent des solutions à leurs problèmes quotidiens.

C’est le jour du repas convivial mensuel, une tradition avec laquelle l’association marseillaise Femmes d’Ici et d’Ailleurs a renoué depuis l’ouverture de son nouveau et vaste local. Le "téléphone arabe" a bien fonctionné, et à partir de midi, elles seront une trentaine de femmes du quartier à passer : des habituées et des nouvelles, emmenées par une voisine ou une collègue de travail ; des femmes âgées, des femmes mûres, des jeunes filles ; des Marseillaises de longue date et des fraîchement immigrées…
Elles viennent déguster ensemble le couscous préparé par Naïma, 41 ans, divorcée d’un polygame, qui élève seule ses trois enfants ; assistée par Samira, 28 ans, spécialiste des décorations au henné, qui a fui un mari violent ; Fifi, 24 ans, qui, officière de police en Algérie et menacée en tant que telle, a quitté son pays à regret ; Fouzia, 22 ans, venue en France pour se marier, et bien contente d’y jouir de plus de liberté - et surtout, elles viennent se retrouver.
Fatima Rhazi, fondatrice de l’association, n’intervient pas dans les échanges en tant que telle. Nadia lui présente une jeune femme qui a des problèmes d’emploi, "et peut-être de papiers, commente-t-elle. On verra. Aujourd’hui, c’est un premier contact. Quand elle reviendra, je lui ferai sortir la vérité." La jeune femme trouvera ici une écoute, des suggestions, de la chaleur humaine ; et peut-être fera-t-elle à son tour partie de celles qui considèrent Femmes d’Ici et d’Ailleurs comme une "seconde famille".

Un service de restauration très apprécié


L’idée de l’association a germé dans l’esprit de Fatima Rhazi en 1994. Au Maroc, elle était reporter-photographe sportive, l’unique du pays. Ce choix insolite lui avait valu le rejet de sa famille, mais elle avait réussi à s’imposer et jouissait d’une excellente renommée. Quand à la fin des années 1980, elle a dû fuir avec sa fille pour des raisons familiales, elle pensait pouvoir exploiter tout de suite ses compétences de photographe. Mais le milieu n’est guère moins macho en France. Femme ET immigrée, elle n’a rencontré aucune reconnaissance. Elle a redémarré de zéro, faisant des stages comme une débutante ; jusqu’à sa rencontre avec une graphiste féministe, la première à l’identifier comme professionnelle, qui l’encourage à développer une activité originale dans un créneau non exploité, les photos de mariages maghrébins. Comme Fatima a aussi appris la couture, elle crée des modèles de robes et préparent les mariées pour la noce. Elle aurait pu se contenter de faire fructifier cet ingénieux commerce ; elle a choisi de mettre son dynamisme au service d’autres femmes, à titre bénévole.
L’association fonctionne principalement sur les revenus que lui procure son service de cuisine "sur mesure", et de façon moins significative les travaux de l’atelier couture. Ce fut un choix dès le départ de ne pas devenir dépendantes de subventions ; les partenaires institutionnels apportent surtout une aide logistique, en facilitant le relais vers des professionnels susceptibles d’aides les femmes en difficulté, en commandant et recommandant les prestations culinaires. Ces dernières ont acquis une certaine notoriété dans la ville, notamment grâce au stand de pâtisserie que tient l’association à la Fiesta des Sud, manifestation culturelle qui a pris au fil des ans une ampleur considérable. En 1996-1997, Femmes d’Ici et d’Ailleurs a pu employer trois femmes en CES. La perte du local a quelque peu ralenti l’élan, mais non interrompu l’initiative. L’installation dans un ancien restaurant va permettre de travailler plus commodément.
Le service de restauration emploie ponctuellement des femmes, à la cuisine et au service, leur procurant un apport financier bienvenue, en attendant de trouver un emploi. Fatima caresse l’espoir de pouvoir ouvrir un restaurant associatif. Mais pas de précipitation : la stratégie de l’association a toujours été de procéder par étapes, en vérifiant la crédibilité d’une orientation avant de se lancer dans un nouveau projet.

Des activités solidaires


Si l’association ne se positionne aucunement en centre social, de fait des femmes y trouvent des solutions à leurs problèmes. Elle est honorablement connue dans le quartier, ce qui a pour double conséquence de tranquilliser les maris (pas d’hommes en ce lieu !) et d’attirer des employeurs potentiels (deux jeunes femmes viennent d’être embauchées comme garde d’enfants). Des stages qualifiants favorisent l’insertion professionnelle : 62 % des femmes qui en ont suivi un ont trouvé un emploi. Tous exploitaient les savoir-faire traditionnels.
L’association fait aussi office d’écrivain public, organise des excursions, participe à des manifestations culturelles et/ou de solidarité (par des défilés de mode, où les membres font découvrir les créations de Fatima). En projet : un relais parents/collège. L’information passe mal entre les deux, et ce relais préviendrait bien des incompréhensions et difficultés.
Une chose est claire : toutes les activités sont en phase avec la réalité et les désirs des femmes. Pas de stages "parking" qui ne déboucheraient sur aucune amélioration concrète des situations vécues. L’autonomie constitue l’objectif n° 1 : celle de l’association, et aussi celle de ses membres et visiteuses.

Contact : Femmes d’Ici et d’Ailleurs
4, rue Mazagran - 13001 Marseille
Tél. : 04 91 33 73

P.-S.

Dominique Foufelle - septembre 2002

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