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« Je suis une morte-vivante »

lundi 30 septembre 2002, par Martine Paulet

Témoignant de sa vie de femme sans-papier, Nina raconte la souffrance, et l’économie informelle en pleine expansion sur base d’exploitation d’êtres humains.

Et pourtant « je veux rester ici, on s’attache à son lieu de souffrance ». Femme, immigrée et clandestine : triple discrimination pour Nina qui habite en France depuis près de 20 ans. Arrivée du Maghreb pour poursuivre ses études, elle s’est naturellement insérée dans ce pays d’accueil qu’elle avait choisi pour mener une vie plus autonome, une vie de jeune femme éprise de liberté.

Le rêve d’indépendance tourne au cauchemar

Tout bascule cinq ans plus tard, lorsque les bourses d’études ne sont plus attribuées selon les mêmes critères et que celle de Nina n’est pas renouvelée. L’injustice commence et elle choisit de se battre pour retrouver ses droits et rester dans son pays d’accueil. Quinze ans plus tard, rien n’a été réglé, tout s’est compliqué, durci et, aux dernières nouvelles le dossier de régularisation de Nina n’est « ni accepté ni refusé » par les autorités françaises.
Quinze années passées avec la peur au ventre : peur de la police mais surtout peur de l’exploitation, du chantage et du viol, de la prostitution aussi, lot habituel des femmes sans-papier. Elle fuit donc les hommes quelle que soit leur origine. Car ce ne sont pas les hommes de son pays qui l’ont aidée. Des prêtres et des sœurs chrétiennes l’ont soutenue moralement, financièrement et dans la recherche d’une petite chambre où loger. Et petit à petit, Nina reprend courage et perd l’habitude de se réfugier dans les églises ou les cimetières où personne ne pouvait venir la harceler.

Les petits boulots qui s’accumulent

Car Nina travaille sans relâche, tout à tour gardienne d’enfants, cuisinière, traductrice. Le marché du travail clandestin semble sans limites, et des hommes et des femmes de tous horizons emploient sans scrupule cette main-d’œuvre bon marché et si facile à soumettre : scientologues, partisans d’extrême droite ou fonctionnaires de police ne sont d’ailleurs pas les derniers. Mais qu’importe les employeurs tant que Nina est payée régulièrement et respectée en tant qu’être humain. Et puis comment se faire soigner sans argent puisqu’il n’est pas question de sécurité sociale ? Or Nina met un point d’honneur à régler tous ses frais médicaux elle-même.

Témoigner, un acte solidaire

Rêvant de pouvoir enfin vivre au grand jour, la tête haute, elle ne désespère jamais. Elle semble si forte et si déterminée, même si la peur l’a détruite de l’intérieur.
Son espoir : être enfin régularisée après toutes ces années de clandestinité. Les femmes des collectifs de sans-papier ont, dernièrement, réclamé des mesures prioritaires pour les femmes, et pas seulement celles avec des enfants et de la famille, à cause de leur vulnérabilité à l’exploitation et à la prostitution.
Son projet d’avenir : écrire son histoire, comme une thérapie, mais aussi pour témoigner et partager son expérience. Pour que les femmes sortent de leur isolement et de leur invisibilité peut-être ? Pour plus de solidarité surtout.

P.-S.

Martine Paulet - septembre 2002

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