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Bruxelles : Associations noires contre Black Demolition

lundi 30 septembre 2002, par Dominique Foufelle

De jeunes Africains de Bruxelles, dont certains ont été enfants-soldats, sombrent dans la violence. Parents et associations issus de la même communauté cherchent des solutions en souhaitant l’appui des autorités.

En quelques semaines, deux faits divers ont choqué la communauté africaine de Bruxelles : le meurtre d’un jeune par une bande, afin de lui voler son téléphone portable ; puis une fusillade entre deux bandes dans la principale rue commerçante du centre ville. L’une des deux répond au doux nom de Black Demolition. Selon le Parquet de Bruxelles, la ville compterait quatre ou cinq de ces bandes, mais Mme Mwadi Kambanga, présidente de l’association Carrefour des Jeunes Africains (CJA), dit en connaître au moins une douzaine : New Jack, Kung Fu, Black Wolves…
C’est quotidiennement que ces jeunes se rendent responsables de faits délictueux plus ou moins graves. Nadia De Vroey, 1er substitut au Parquet de la jeunesse, distingue les actes de violence classiques (vols, effractions, cambriolages… commis par des individus pas nécessairement organisés) des attaques plus graves contre les personnes (viols collectifs, car-jackings - c’est-à-dire agressions d’automobilistes pour leur voler leur voiture), perpétrées, elles, en groupe.
D’après le Parquet, " les plus durs sont des adolescents venus seuls de pays où ils ont connu des situations de violence très forte, bien plus grave que celles qu’ils commettent à Bruxelles. Certains, de 13 ans à peine, ont été enfants-soldats. Ils sont sans repère, et ne fixent pas de limites à leur violence. "

" Ici, il n’y a pas d’oncle "


L’un de ces jeunes, placé dans une institution de protection de la jeunesse, confirme cette banalisation : " Quand tu sors d’ici, tu revois tout le monde, tu es entouré d’objets… Si je vois un portable à 700 euros, tu crois que je vais travailler un mois pour le payer ? Direct, je bouge, je casse une vitrine, j’ai le portable à l’aise. "
Outre les autorités, ce sont les parents de la communauté africaine, et leurs associations qui sont les plus actifs dans la recherche de solutions. Même si certains d’entre eux ne souhaitent pas être cités, parce qu’en situation illégale. " Ce sont nos enfants qui sont hors de nos foyers et qui se tirent dessus, souligne l’un d’eux. Nous voulons les récupérer. " A entendre ces parents, témoins et responsables d’associations, les explications et les pistes de solution foisonnent, parfois contradictoires.
Côté explication, la précarité sociale est très présente, de même que le racisme rencontré au quotidien par les parents eux-mêmes. " J’ai quatre diplômes et je gagne ma vie en distribuant des journaux en rue, déplore un père. Comment voulez-vous que je convainque mes enfants d’étudier ? " Lui répond, comme en écho, ce jeune placé en institution : " Les gendarmes blancs nous font souffrir lors des contrôles, alors nous, nous faisons souffrir leurs enfants dans les rues. "
Autre cause souvent invoquée : le décalage culturel. " J’ai commencé à étudier au Congo et j’ai été élevée à la chicotte, raconte une jeune femme, Gisèle Tshilengi. Puis, je me suis retrouvée ici, où les élèves insultent leurs professeurs impunément. " Sans aller jusqu’à prôner le retour à une éducation à la dure, beaucoup soulignent l’absence de repères des jeunes Africains. " Nous envions la culture des Blancs et nous perdons notre identité. Comme parents, nous n’osons pas transmettre nos valeurs, et ici, il n’y a pas d’oncle qui puisse servir de référence. "

Une bonne image de soi


A la pluralité d’explications répond une diversité d’initiatives, mais lancées en ordre dispersé. Le Carrefour des jeunes Africains est la plus connue, créée par des parents qui descendent sur le terrain, dans les stations de métro, à la rencontre des jeunes. L’association organise des actions de sensibilisation à la culture africaine, destinées aux ados, mais aussi aux magistrats chargés de l’aide à la jeunesse.
Bien d’autres actions existent, qui vont de la chorale à l’association religieuse, dont les buts ne sont pas dénués d’ambiguïtés. Certaines initiatives émanent des jeunes eux-mêmes, telle l’association Paya (Pan African Youth Association), qui leur donne l’occasion de parler de ce qu’ils vivent, de s’exprimer par des mots plutôt qu’en cognant. Au risque, parfois de déplaire aux parents qu’ils interpellent en leur demandant " Que faites-vous pour que vos enfants aient une bonne image d’eux-mêmes ? "
Plus originale est la démarche de l’association Espace Impulse. " Nous avons ouvert une école pour parents migrants, explique Mme Mokeni Sanate, afin que ceux qui arrivent apprennent le fonctionnement de la société et des institutions belges. Dans le même but, nous avons aussi créé un système de parrainage individuel entre des fonctionnaires et des jeunes. "
Aujourd’hui, la grande préoccupation de ces associations actives est de se faire reconnaître par les autorités comme partenaires de la réponse au problème de la violence. Avec, cependant, une difficulté pointée par certains Africains eux-mêmes : " Nous sommes DES associations, mais sommes-nous vraiment UNE communauté ? "

Paru sur www.syfia.com

P.-S.

André Linard (Syfia Belgique) - Juillet 2002

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