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Agir contre le racisme par l’économique

vendredi 29 mars 2002, par Joëlle Palmieri

Victimes d’une triple discrimination, femmes, noires et pauvres, les Brésiliennes noires et métisses des bidonvilles de Rio prennent les choses en main. Au travers de l’organisation Mulheres Negras, elles entendent investir tous les domaines, de l’économique au politique. Coopératives de travail, lutte contre les violences, éducation des petites filles, construction d’un réseau international sont au programme.

Porto Alegre 2002. IIe édition du Forum social mondial. Des stands d’associations, de mouvements sociaux, d’Ong. Un stand se distingue par la beauté des produits exposés : vêtements colorés, présentant un design et une coupe hors du commun, bijoux de perles magnifiques ? Autre originalité dans ce bain de foule : derrière la table d’exposition, des femmes, toutes noires. C’est celle de Mulheres Negras, autrement dit « Femmes noires ». Les produits exposés recèlent plus que leur beauté intrinsèque. Ils témoignent d’un long travail de fond de la communauté noire sur les terrains économique, social et politique au Brésil.

Des coopératives à but politique

Implantée au c ?ur des favelas de Rio, Mulheres Negras travaille uniquement avec des femmes noires dans au moins quatre domaines : emploi, santé, formation, éducation. Force est de constater que dans les bidonvilles, le niveau d’éducation est très bas. Les filles vont certes à l’école ? elles en ont le droit ? mais, dès l’âge de dix ans, sont contraintes à arrêter leur scolarité pour travailler afin de subvenir aux besoins de la famille. Mulheres Negras a donc décidé d’investir le terrain de l’économique. Même si cette activité démarre, l’idée est de construire une association de travailleuses, des coopératives de femmes. L’activité d’artisanat a été choisie car elle permet d’offrir des opportunités de vente, de prévoir des débouchés. Elle offre aussi l’avantage de proposer des formations aux femmes afin de mieux leur apprendre les systèmes de production et de vente. Le matériel de base étant très cher, il est crucial de bien calculer le prix de revient pour assurer la pérennité des micro-entreprises. Ainsi, même si ces femmes travaillent chacune chez elle, elles fixent leurs prix elles-mêmes, aidées par Mulheres Negras. Ensuite, le produit de la vente va directement à celle qui a travaillé.
La diffusion se fait dans les foires locales ou les rencontres internationales, mais prochainement ? elles espèrent cette année -, le centre de diffusion de l’artisanat et de formation aux techniques qu’elles ont mis en place à Rio, va ouvrir un point de vente au centre ville. Aussi le choix de la qualité des produits est déterminant. Il fait la démonstration de ce dont ces femmes sont capables et permet chaque fois un peu plus d’améliorer le matériel et les techniques de marketing. Par ailleurs, Mulheres Negras réfléchit à un fonds commun de développement pour investir dans de nouveaux produits. L’organisation publie également un bulletin à 5000 exemplaires qui est directement distribué dans les maisons, les écoles, les églises, les associations de quartier. Un moyen d’inviter les femmes à sortir de chez elles pour rencontrer les autres et échanger sur leurs pratiques.

Lutter contre le racisme

Mulheres Negras, financée par une institution américaine appelée Mc Kinsey & Co, travaille également sur les violences de genre et racistes. Il existe onze groupes à Rio qui aident les femmes violentées et assurent le processus de réparation des violences subies. Pour n’en citer qu’un exemple, la prostitution de rue (à faible gain) concerne les femmes noires alors que la prostitution de luxe s’adresse à des blanches. Les femmes noires sont par ailleurs victimes du trafic vers l’Europe. Mulheres Negras entend désormais impulser des politiques au niveau gouvernemental. En effet, au Brésil, circule l’idée d’une démocratie raciale. Mais, selon le regroupement, c’est faux : « Toutes les décisions se prennent par des hommes blancs » et la « culture dominante est blanche ». Ainsi, comme aux Etats-Unis, la majorité de la population carcérale est noire ou indigène. Très peu de noirs ont accès à l’éducation, à la santé et encore moins aux postes de décision. Aussi, très investies dans le champ politique, Mulheres Negras essaie de mettre en place des moyens de communication avec les Africaines, mais la tâche est difficile. Seule opportunité, les rencontres internationales. Ainsi, dans le cadre de la 3e conférence mondiale contre le racisme à Duncan, l’organisation a entamé un travail de collaboration avec les Africaines et les Afro-américaines. Même s’il existe un réseau de femmes noires d’Amérique latine et des Caraïbes depuis dix ans, il reste très difficile de travailler avec les groupes de femmes blanches. Mais, aujourd’hui, les choses bougent. Aussi, une conférence des Brésiliennes est en préparation pour juin 2002. 15000 femmes y sont attendues. Il s’agira d’interpeller la société brésilienne sur la vision des femmes en termes de démocratie, de pouvoir économique et social ?

Contact : criola@alternex.com.br - www.criola.ong.org

P.-S.

Joelle Palmieri - mars 2002

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