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Pour un protocole additionnel à la Convention des Droits de l’Enfant

samedi 1er avril 2000, par Nicolas Bégat

Interview de Marie-Françoise Mirot, Vice-Présidente de l’Alliance Internationale des femmes, chargée de la Francophonie

Vous militez activement depuis la Conférence sur les Femmes de Pékin en faveur des petites filles, pourquoi ?

Lorsque j’ai participé, en 1995, au Forum des ONG organisé dans le cadre de la Conférence sur les Femmes de l’ONU, j’ai alors pris conscience des immenses inégalités dont souffraient les petites filles à travers le monde. A mon retour, j’ai décidé de me spécialiser sur cette question. J’ai ainsi créé un groupe d’étude ad hoc à l’UNESCO et j’ai entraîné dans l’aventure le CILAF. Depuis, nous travaillons d’arrache-pied pour identifier et dénoncer les inégalités dont souffrent les petites filles partout dans le monde.

Quelles sont ces inégalités ?

Ces inégalités se retrouvent à tous les niveaux. Elles sont très nombreuses et souvent intolérables. Il y a tout d’abord le simple droit à la naissance. Car compte tenu des progrès technologiques actuels les inégalités dont souffrent les petites filles commencent même avant qu’elles soient sorties du ventre de leur mère. Ainsi, pour des raisons idéologiques spécifiques à chaque pays, on supprime de plus en plus de fœtus filles après une échographie. Ces pratiques sont particulièrement fréquentes en Inde et en Chine. Il y a ensuite le droit à la nourriture, car on s’aperçoit que les petites filles sont bien moins nourries que les petits garçons et cela dès leur naissance. C’est bien sûr la même chose pour sa santé. Les familles pauvres iront plus facilement voir le médecin s’il s’agit d’un garçon, ce qui nous amène au troisième droit revendiqué, le droit à la santé. Et puis, il y a le droit à l’éducation. Là encore la différence de traitement entre filles et garçons est flagrante. Or on sait qu’une femme non éduquée sera une esclave toute sa vie. L’éducation est la base de tout. Cela lui permettra d’abord de contrôler sa fécondité. En effet, les chiffres montrent qu’une femme qui sait lire et écrire aura en moyenne 4/5 enfants alors que les femmes analphabètes en auront 9/11. Et puis il y a toutes les violences dont les petites filles sont victimes. Là encore la liste est tristement longue : inceste, mutilations génitales, esclavage comme petites bonnes à tout faire, prostitution enfantine, pédophilie, ventes d’organes, grossesse précoce et mariages forcées. La liste est malheureusement terriblement longue et particulièrement odieuse.

Ces recherches sont le fruit de nombreux mois de travail. Nous avons organisé un premier colloque à ce sujet en octobre 1998 intitulé : « Petite fille aujourd’hui, femme demain : combat pour l’égalité » et nous présenterons un manifeste, en juin prochain, à la Conférence de New York ou Pékin +5, pour qu’un protocole additionnel à la Convention des Droits de l’Enfant traitant des inégalités spécifiques aux petites filles soit promulgué.

Avez-vous de bons espoirs ?

Il y a des résistances très importantes car les gens ne veulent plus toucher à la Convention des Droits de l’Enfant. Mais nous sommes optimistes. Il y a eu le même problème avec la Convention des Droits de l’Homme lorsqu’un protocole spécifique aux droits des femmes a été demandé. Cela n’a pas empêché la promulgation, il y a quelques années, d’un protocole additionnel connu sous le nom de CEDAW (Convention contre les discriminations à l ’égard des femmes). Mais nous savons d’expérience qu’il ne faut pas brûler les étapes et préparer le terrain. C’est dans ce sens que nous présentons le manifeste à New York en juin prochain.

Ces réunions internationales peuvent-elles faire avancer les choses ?

Bien sûr, encore faudrait-il qu’elles soient également en français. Mais ça c’est une autre question. Je voudrais juste dire à ce propos que l’exigence de la Francophonie lors de ces réunions internationales est notre deuxième priorité, à côté du dossier petites filles. C’est primordial si l’on ne veut pas mettre de côté de nombreux pays comme le Canada et une grande partie des pays africain.
Pour revenir à votre question, ces réunions internationales sont utiles à plus d’un niveau. Tout d’abord, je suis toujours moi-même étonnée de constater qu’à chaque nouvelle réunion internationale, on découvre de nouvelles coutumes, de nouvelles traditions qui sont préjudiciables aux petites filles. Cela peut paraître incroyable mais c’est malheureusement la triste vérité. D’autre part, ces réunions internationales permettent à des organisations appartenant à des pays différents de partager leurs expériences et leurs recherches afin d’éviter de faire chacun le même travail dans son coin. C’est un gaspillage de temps et d’énergie que l’on ne peut pas se permettre. Ainsi, j’ai découvert à une dernière conférence à New York en 1999 qu’une commission travaillait sur le même sujet à Genève. Depuis, nous sommes en contact et nous profitons mutuellement de nos travaux respectifs pour être plus efficaces dans nos réflexions et dans nos actions. Et puis surtout, ces réunions sont l’occasion de rappeler aux Etats les conventions internationales qu’ils ont signées et de faire en sorte qu’ils les appliquent.

Comment réagissent les gouvernements face à ces rappels à l’ordre ?

Attention, il ne s’agit pas de les culpabiliser mais de faire en sorte qu’ils mettent en place des campagnes de communication et d’information pour faire changer les mentalités néfastes aux petites filles. Car on est bien conscient que c’est les mentalités qu’il faut changer et qu’il ne s’agit pas de trouver des soi-disantes solutions qui sont parachutées de l’extérieur. L’exemple des mutilations sexuelles est éloquent. Lors de la Conférence des femmes de Nairobi en 1985, l’opinion internationale a en quelque sorte découvert ce problème. Mais les Africaines présentes à la conférence ont alors réagi brutalement en disant que cela faisait partie de leurs traditions et que nous n’avions pas à nous en mêler. Puis, lors de la Conférence de Pékin, 10 ans plus tard, ce sont ces mêmes Africaines qui ont demandé que ce point soit couvert dans la plate-forme commune. Ainsi, au Burkina Faso, où une loi interdisant les mutilations sexuelles est passée en 1997, notre organisation, le CILAF, a organisé des conférences auprès des hommes pour leur faire comprendre que ces mutilations étaient néfastes pour la psychologie et la santé des femmes de leurs pays et les former pour qu’ils aillent eux-mêmes dans les villages pour déconseiller ces pratiques de mutilations sexuelles. De plus, les exciseuses dont le métier est respecté et rémunérateur, ont été reconverties en accoucheuses.

Comment s’inscrit le travail des ONG comme la vôtre ?

D’après moi, le rôle des ONG est capital car elles sont organisées par des personnes souvent bénévoles qui sont animées par leur seul bonne volonté et leur sens moral. D’ailleurs, l’UNESCO travaille principalement avec des ONG. Notre mission première est de dénoncer les violences et de les faire connaître. Ce sont d’ailleurs les ONG qui, le plus souvent, alerte l’opinion internationale sur des problèmes majeurs, forçant les gouvernements à réagir. Le Sommet de Seattle en décembre dernier a prouvé l’énorme pouvoir qu’ont maintenant les ONG. Je suis convaincue que ces actions ne peuvent aller qu’en s’épanouissant, dans le sens d’un plus grand travail d’évolution.

CILAF
Comité International de Liaison des Associations Féminines

11, Boulevard Bineau
92300 Levallois-Perret
http://www.culture.fr/culture/dglf/cilaf

P.-S.

Laure Poinsot

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