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La prostitution enfantine : des réseaux traditionnels à Internet

samedi 1er avril 2000, par Nicolas Bégat

Ne nous voilons pas la face. La prostitution enfantine existe depuis la nuit des temps. Nul n’a oublié l’affaire Gilles de Rais, maréchal de France et compagnon d’arme de Jeanne d’Arc. Il a été accusé et exécuté à Nantes après avoir commis des atrocités sur des enfants. C’était au XVe siècle. D’ailleurs, cela a toujours été l’apanage des grands de ce monde que d’aller à l’encontre des règles établies. Mais, depuis la fin de la 2e guerre mondiale, le niveau de vie des pays industrialisés s’étant nettement amélioré, cela a permis à chacun d’avoir plus de temps libre à consacrer pour les loisirs. En une vingtaine d’année, le tourisme de masse s’est développé en même temps que l’évolution technologique des transports aériens.
Depuis les années 80, le tourisme exotique est devenu un secteur économique extrêmement florissant. Rien qu’en 1989, il y a eu 414 millions de voyageurs dans le monde. On ne prend plus la caravelle de Christophe Colomb mais l’avion. En quelques heures, le touriste lambda peut être à Manille, Bangkok ou Bogota... à des prix défiant toute concurrence. Dans ce tourisme de masse s’insèrent des individus aux mœurs douteuses. Ils ne viennent pas pour contempler les temples khmers mais bien pour consommer la virginité des enfants et en priorité celle des petites filles. D’où viennent-ils ? Majoritairement des pays industrialisés comme les USA, l’Europe, le Japon, l’Australie, le Canada car, avec des devises fortes, ils peuvent tout se permettre même d’abîmer le corps d’une enfant. Le riche contre le pauvre.
Quel est leur profil ? Ce sont essentiellement des pédophiles qui viennent assouvir leur déviance sexuelle dans les pays dit exotiques car chez eux, ils ne sont pas à l’abri de la police ni de la justice. Il y a différents cas de figure. Soit ce sont des réseaux organisés ou des occasionnels ou encore des habitués qui prennent les gamins en vacances et qui sont considérés comme des bienfaiteurs par la famille en échange évidemment de certaines gâteries. Les plus dangereux sont les pervers, mais il y a aussi monsieur tout le monde qui s’imagine fricoter en tout bien tout honneur avec une adulte car elle en a l’apparence mais pas l’âge (12-15 ans). Et enfin, dans certains pays, les hommes n’ayant pas la possibilité de contempler en toute liberté leurs congénères féminins à cause de la religion vont facilement en Thaïlande pour assouvir leur besoin en toute impunité.
Où trouve-t-on les enfants ? Ils sont dans les rues d’Asie du Sud Est en passant par l’Amérique Latine puis l’Afrique, le Moyen-Orient et enfin, depuis la chute du communisme, dans les pays d’Europe de l’Est. Ils sont âgés de 12 à 18 ans, quelquefois ils ont 8 ans voire même, parfois ce ne sont que des bébés. Les pourvoyeurs d’enfants s’approvisionnent essentiellement en Birmanie, en Chine, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, au Népal et au Bangladesh.
Comment les mafias locales, les proxénètes s’y prennent-ils ? Par l’appât du gain, ils promettent aux familles pauvres une belle situation à leurs filles comme être employées de maison ou hôtesses dans un bar.
Le deuxième cas de figure, c’est l’enlèvement pur et simple. Les filles deviennent de vulgaires marchandises. Piqûre de rappel : l’esclavage a été aboli en France en 1848 et pour les Etats Unis en 1865. A quand l’abolition de l’esclavage mondial sans qu’il y ait ingérence politique et perte de devises ? A qui sont-elles vendues ? Les fillettes sont cédées moyennant finance à des bordels ou envoyées à l’étranger.
Aïssa, Tina, Maria, Kim et toutes les autres fillettes sont meurtries physiquement et psychologiquement. Elles deviennent silencieuses, subissent les discriminations et vieillissent prématurément. Jouer à la poupée n’est plus de leur âge ! Elles sont dépressives, plongent dans la drogue pour oublier, attrapent des MST et le Sida car les virus ne font pas cas des frontières. Le syndrome de Sylverman est monnaie courante. C’est le syndrome des mauvais traitements comme par exemple : les fractures non soignées, les brûlures de cigarettes...
Depuis l’essor des nouvelles technologies, c’est-à-dire le web, les consommateurs de chair fraîche se sont engouffrés dans la brèche. Plus besoin de se déplacer inutilement, il suffit de choisir sur les sites appropriés. Les pédophiles peuvent s’approvisionner en photos et même se donner des rendez-vous sur International Relay Chat (IRC). En règle générale, pour accéder à ces sites (quelques milliers dans le monde), il faut avoir les codes d’accès. Les institutions judiciaires sont désarçonnées par le système mis en place car les images transitent par des serveurs "vitrines" qui peuvent utiliser le nom de grandes écoles. En avril 1994, une banque de données pour pédophiles a été découverte à l’Université de Birmingham. Le réseau a été démantelé grâce à un groupe de hackers américains. Par ailleurs, les méta-moteurs permettent de chercher les sites sur plusieurs moteurs à la fois. La réponse obtenue à toute requête (comme par exemple " girls prostitution ") est effarante. Les sites institutionnels jouxtent les sites de prostitution enfantine.
Et si par inadvertance vous entrez sur un tel site sachez que le seul moyen d’en sortir est de se déconnecter purement et simplement d’Internet.

Y a-t-il des actions menées pour enrayer ce fléau ?

En 1989, l’ONU a rendu ces conclusions après une enquête faite au Sri Lanka. La législation devait être renforcée contre les trafiquants d’enfants. En 1990, sous l’égide de l’UNICEF et du Bureau Catholique de l’Enfance, une campagne internationale a été lancée dont l’intitulé est "End Child Prostitution in Asian Tourism" et le sigle l’ECPAT. Le but était d’enrayer cet esclavage moderne.
Crise de conscience ou non, toujours est-il que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant a été adoptée par l’ONU le 20 novembre 1989 (année de l’Enfance).
En 1991, les ministres du Conseil de l’Europe ont adopté un rapport et des recommandations sur "l’exploitation sexuelle, la pornographie, la prostitution ainsi que le trafic d’enfants et de jeunes adultes" (Rapport R.91.). En 1992, l’ONU a proposé par le biais de la Commission des Droits Humains un programme d’action et de prévention pour "lutter contre la vente d’enfants, la prostitution et la pornographie enfantine". En1993, INTERPOL aborde le problème avec la mise en place d’un groupe de travail permanent.
Les ONG, l’ONU, l’UNICEF, l’OIT et tous les autres continuent à lutter pour que le Droit des Enfants soit reconnu et appliqué universellement. Les pays atteints par ce fléau commencent à légiférer.



P.-S.

Pascale Gimenes

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