Accueil du site > Humeur > Crimes de conscience

Crimes de conscience

mercredi 1er août 2001, par Nicolas Bégat

Un mort ! Il fallait un mort à Gênes pour que l’Europe de l’Ouest se réveille et se rende compte que la criminalisation de la lutte contre la mondialisation libérale s’appuie sur un appareil répressif au point, organisé et entraîné, capable de tuer. Cette mort-là est inadmissible parce que survenue dans un pays riche, censé être dépositaire des droits humains. Evidemment, Italie rime avec démocratie. Depuis quand tolère-t-on que les pays « porteurs de la croissance » représentent de facto la démocratie et qu’il est donc inimaginable que de tels crimes se produisent ? Quid des autres crimes ? Pour ne citer qu’un exemple bien connu, des centaines de milliers de femmes arpentent les trottoirs de Paris, Amsterdam, Londres, Rome, Frankfort, Madrid, ... disparaissent parfois, dans la totale indifférence. Ne s’agit-il pas là de violence, organisée de surcroît ? Qui aujourd’hui hurle et dénonce ce crime contre une partie de l’humanité : où commence la violence et où s’arrête-t-elle ? Y a-t-il des violences plus supportables que d’autres ? Y a-t-il des morts violentes plus graves que d’autres ? Qui orchestre cette hiérarchie ? La conscience collective ? ou plus exactement ceux qui fabriquent cette conscience ? Parce que parlons vrai. Qui tirent les ficelles de cette intox ? Ceux-là mêmes qui se partagent la planète, ses ressources et ses populations, et leurs complices - en particulier les médias -, et qui se cachaient derrière les murs de Gênes, de Göteborg, de Québec, il n’y a pas si longtemps.
Alors comment se fait-il que les mouvements « anti-mondialisation » ne sont pas habités de la même révolte, lorsqu’il s’agit des meurtres organisés de ces femmes marchandisées ? Parce qu’ils intègrent, par ignorance - du moins j’ose l’espérer - les mêmes évidences : discrimination, exploitation et division du travail. Tant que ces nouvelles forces de résistance contre le libéralisme, forme moderne du capitalisme, ne se seront pas appropriées une analyse féministe de la mondialisation, leur lutte sera vouée à l’échec. Ils ne feront que reproduire les modèles contre lesquels ils s’imaginent se battre.
Je me souviens de deux tribunaux populaires : celui de la dette à Dakar, en décembre 2000, organisé par des femmes, où le FMI, la Banque mondiale, le G7 et les Etats africains étaient sur le banc des accusés. Tous ont été condamnés pour non assistance à personne en danger : aggravation de la pauvreté (80% de femmes), de l’illettrisme (67% de femmes), de la santé... Et puis, il y eut ce tribunal des femmes à Québec, durant le Sommet des peuples en mai dernier, où une dizaine de femmes venues de différents pays du continent américain ont témoigné, avec beaucoup d’émotion, des conditions d’exploitation au travail, des disparitions, des assassinats, des enlèvements d’enfants, de leur marchandisation, des tortures pratiquées au Sud comme au Nord... J’avais déjà à l’époque appelé à la solidarité des hommes militants...

P.-S.

Joelle Palmieri

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0